Retraite des fonctionnaires : des pensions pas plus généreuses que dans le privé

Retraite des fonctionnaires : des pensions pas plus généreuses que dans le privé

Les pensions de retraite des fonctionnaires ne sont pas, dans leur ensemble, plus généreuses que celles du secteur privé : selon les règles appliquées à la génération née en 1958, 62 % des agents sédentaires auraient même perçu une pension supérieure en relevant du régime privé. Le résultat dépend de la carrière, des primes, du niveau de rémunération et des cotisations versées ; opposer simplement un taux de 75 % à un taux de 50 % ne suffit donc pas à comparer les retraites.

En 2026, les principales règles d’âge et de durée d’assurance sont largement rapprochées, mais les modes de calcul restent différents. Le fonctionnaire voit sa pension principale calculée sur son traitement indiciaire de fin de carrière, tandis que le salarié du privé relève d’une retraite de base calculée sur ses meilleures années et d’une complémentaire par points. Pour comprendre le montant des pensions, il faut aussi examiner la place croissante des primes et la façon dont elles ouvrent — ou non — des droits à la retraite.

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  • Le taux de 75 % porte sur le traitement indiciaire, pas sur toute la rémunération du fonctionnaire.
  • Les primes sont largement exclues de la pension principale de l’État, tandis que les salaires du privé alimentent la retraite de base et l’Agirc-Arrco.
  • Les catégories B et C sont plus susceptibles de gagner avec les règles du privé que les cadres de catégorie A.
  • Le « déficit caché » tient majoritairement au déséquilibre entre le nombre de cotisants et de retraités, plutôt qu’à des règles de calcul plus généreuses.

Retraite des fonctionnaires : pourquoi le taux de 75 % ne suffit pas

Un fonctionnaire de l’État ayant une carrière complète peut obtenir une pension calculée à hauteur de 75 % de son dernier traitement indiciaire, sous réserve de remplir les conditions applicables. Ce traitement correspond à la rémunération associée à sa grille, hors primes, et doit en principe avoir été détenu pendant les six derniers mois avant le départ.

Dans le secteur privé, la retraite de base de la CNAV applique un taux maximal de 50 % à la moyenne des 25 meilleures années, dans la limite du plafond de la Sécurité sociale. Ce chiffre ne représente pas la pension totale : il faut y ajouter la retraite complémentaire Agirc-Arrco, versée en fonction des points acquis. Comparer 75 % à 50 % revient donc à mettre en regard une pension publique intégrée et une seule composante de la retraite privée.

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La différence porte aussi sur le salaire de référence. Les salaires passés du privé sont revalorisés pour tenir compte de l’évolution des prix, alors que la pension de l’État repose sur le traitement indiciaire détenu en fin de carrière. Selon la Cour des comptes, pour les fonctionnaires partis entre 2015 et 2023, la moyenne des 25 meilleures années revalorisées dépassait de 5 % le traitement des six derniers mois.

La progression du point d’indice a réduit l’avantage du dernier salaire

Entre 2015 et 2023, la valeur du point d’indice a progressé en moyenne de 0,7 % par an, avec de longues périodes de gel. Les prix ont augmenté d’environ 2,1 % par an sur la période évoquée dans l’analyse de la Cour, malgré des revalorisations intervenues en 2022 et 2023. Le traitement qui sert au calcul de la pension a donc perdu du pouvoir d’achat.

Les promotions d’échelon ne compensent pas toujours cette évolution. La rémunération des agents encore en poste progresse plus rapidement en début de carrière, puis ralentit : la Cour relève une hausse moyenne de seulement 0,2 % par an après 60 ans. Le mécanisme des six derniers mois est ainsi moins avantageux lorsque la rémunération indiciaire stagne en fin de parcours.

La conclusion dépend de la politique salariale : si le point d’indice suit durablement l’inflation, la règle du dernier traitement peut redevenir plus favorable. Dans les simulations de la Cour, elle reprend un avantage de 8 % lorsque le point suit les prix, et de 30 % s’il progresse comme les salaires du privé, soit un point de plus que l’inflation chaque année.

Primes et pensions de retraite : l’écart entre public et privé

Le point décisif de la comparaison est la part de la rémunération qui ouvre effectivement des droits. Dans la fonction publique d’État, les primes représentaient près d’un quart de la rémunération brute en 2023, contre environ un cinquième en 2015. Or, elles ne sont pas intégrées au calcul principal de la pension.

Leur poids varie fortement selon les métiers : elles constituent environ 14 % de la rémunération au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, mais peuvent atteindre 60 % au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Un agent fortement primé peut donc toucher un salaire confortable tout en ayant une pension principale calculée sur une fraction bien plus réduite de cette rémunération.

Le régime additionnel de la fonction publique (RAFP), créé en 2005, prend en compte une partie des primes, dans la limite de 20 % du traitement indiciaire. En 2023, sa pension moyenne s’établissait à 34 euros par mois, contre 527 euros pour la complémentaire Agirc-Arrco des retraités du privé. Ces moyennes ne décrivent pas chaque situation individuelle, mais elles illustrent l’écart entre les deux dispositifs.

Élément comparé Fonction publique d’État Secteur privé
Base principale de calcul Traitement indiciaire de fin de carrière Moyenne des 25 meilleures années revalorisées
Taux de référence cité Jusqu’à 75 % pour une carrière complète, sous conditions Jusqu’à 50 % pour la retraite de base, avant complémentaire
Primes ou rémunérations complémentaires Principalement exclues de la pension principale ; prise en compte limitée par le RAFP Les salaires cotisés alimentent la base et l’Agirc-Arrco
Pension complémentaire moyenne en 2023 34 € par mois pour le RAFP 527 € par mois pour l’Agirc-Arrco

La Cour estime que si la part des primes était restée stable depuis 2015, au profit d’une hausse équivalente du traitement indiciaire, les agents auraient acquitté 225 millions d’euros de cotisations supplémentaires en 2023 et acquis des droits correspondants. Pour saisir comment les choix de rémunération influencent les prélèvements, nous pouvons aussi consulter cette analyse sur la rémunération mensuelle d’un député, en gardant à l’esprit que son régime n’est pas celui des fonctionnaires.

Catégories B et C : les agents qui peuvent perdre avec les règles actuelles

Les règles du secteur public ne produisent pas le même effet pour tous les agents. Dans l’étude de la DREES portant sur les fonctionnaires sédentaires nés en 1958, 62 % auraient obtenu au moins 1 % de pension supplémentaire avec les règles du privé ; 32 % y auraient perdu et 6 % auraient reçu un montant presque identique.

Les catégories B et C atteignent souvent le haut de leur grille plus tôt, ce qui limite leur progression de traitement en fin de carrière. Pour ces agents, le calcul sur les 25 meilleures années aurait augmenté le salaire de référence de 9 % en moyenne, avant même de tenir compte de l’effet des primes intégrées dans les règles du privé.

À l’inverse, les cadres de catégorie A peuvent progresser plus longtemps dans leur carrière. Pour eux, la moyenne des 25 meilleures années ne relève le salaire de référence que de 2 % en moyenne, un gain qui peut ne pas compenser la perte du taux de 75 % appliqué au dernier traitement indiciaire.

Prenons l’exemple fictif de Nadia, agente de catégorie B : son traitement a peu évolué pendant ses dernières années, mais ses salaires antérieurs, revalorisés, pourraient améliorer le salaire de référence dans un calcul privé. Un cadre de catégorie A dont le traitement a fortement progressé jusqu’au départ peut connaître le mouvement inverse. Le niveau hiérarchique et la trajectoire de carrière comptent autant que le statut.

Cotisations sociales : une pension moyenne légèrement supérieure, mais plus coûteuse

La comparaison des retraites doit aussi intégrer le prix payé pendant la vie active. Selon la DREES, les fonctionnaires de la génération 1958 auraient versé en moyenne 25 % de cotisations supplémentaires sur l’ensemble de leur carrière s’ils avaient été soumis aux prélèvements de la CNAV et de l’Agirc-Arrco, qui portent aussi sur les primes selon leurs règles propres.

Dans cette simulation, la pension moyenne aurait été supérieure de 1,5 %. Ce résultat relativise l’idée d’un avantage général du secteur public : l’écart moyen de pension est modeste au regard du surcroît de cotisations simulé, et la moyenne masque des gagnants comme des perdants.

Le taux de cotisation salariale des fonctionnaires est passé de 7,85 % du traitement en 2010 à 11,10 % en 2020. Le taux de 11,31 % cité pour les salariés du privé jusqu’au plafond de la Sécurité sociale ne se compare pas directement, car il s’applique à une assiette différente : les primes des agents publics ne sont pas comprises dans le traitement servant de base à leur cotisation principale.

La Cour des comptes recommande de porter le taux des agents de l’État à 11,31 % à partir de 2027. L’augmentation de 0,21 point rapporterait environ 140 millions d’euros par an et réduirait le salaire net de 5 à 10 euros par mois selon les situations. Les débats sur les prélèvements et les revenus peuvent également être éclairés par cet article consacré à l’année blanche et à ses effets sociaux.

Âge de départ et durée d’assurance : des règles largement rapprochées

Les paramètres essentiels des régimes de retraite ont été progressivement rapprochés. La réforme de 2003 a notamment aligné la durée d’assurance des fonctionnaires sur celle du privé, introduit la décote et la surcote, et relié la revalorisation des pensions versées à l’évolution des prix.

Les réformes intervenues en 2010, 2014 et 2023 ont ensuite fait évoluer les règles pour les deux secteurs. Selon les dispositions applicables aux générations concernées, l’âge légal atteint 64 ans pour les personnes nées à partir de 1969, la durée requise s’élève à 43 ans pour les générations nées à partir de 1966, et le taux plein automatique est accordé à 67 ans.

Les départs observés reflètent ce rapprochement : en 2024, les fonctionnaires sédentaires et les salariés du privé sont partis en moyenne à 63,5 ans. Les différences qui subsistent concernent surtout certains métiers classés en catégories actives ou super-actives, ainsi que les militaires, dont les dispositifs spécifiques modifient l’âge de départ et les droits acquis.

Policiers et militaires : des départs anticipés avec des règles spécifiques

Certains corps, notamment dans la police, les douanes ou l’administration pénitentiaire, peuvent bénéficier d’un départ anticipé au titre de la pénibilité. En 2025, les agents relevant de ces catégories représentaient 19 % des départs de fonctionnaires civils : les actifs partaient en moyenne à 60,5 ans et les super-actifs à 58,3 ans, contre 63,7 ans pour les sédentaires.

La Cour des comptes évalue à 850 millions d’euros par an le surcoût net associé à ces départs anticipés. Elle souligne que le classement s’effectue par corps et non selon chaque poste occupé : un agent affecté à un emploi de bureau peut ainsi relever du même dispositif qu’un collègue exposé sur le terrain. Elle propose de réexaminer ces critères lors des discussions propres à chaque profession.

Les militaires relèvent de règles distinctes, avec un départ moyen situé entre 44 et 49 ans. Des trimestres sont accordés au titre de la durée de service ou de certaines opérations : la durée retenue atteint en moyenne 150 trimestres, contre 113 trimestres effectivement travaillés. Par ailleurs, 68 % des anciens militaires reprennent une activité, le plus souvent dans le privé ; leur salaire moyen dans ce cas est donné à 1 950 euros par mois.

Ces exceptions méritent d’être isolées de la comparaison générale : elles répondent à des statuts et à des contraintes professionnelles spécifiques, mais ne décrivent pas la retraite de la majorité des fonctionnaires.

Carrières mixtes : quand passer du public au privé modifie les droits

La frontière entre les régimes est moins étanche que ne le suggère le débat public. Selon la Cour des comptes, 94 % des fonctionnaires de l’État nés en 1960 avaient cotisé à plusieurs régimes à l’âge de 55 ans. Parmi les personnes nées en 1986, 89 % avaient déjà connu plusieurs régimes à 30 ans, contre 77 % pour la génération 1946.

Dans 82 % des parcours observés, l’agent avait commencé sa vie professionnelle dans le privé. Ces premières années, souvent moins rémunérées, peuvent entrer dans le calcul des 25 meilleures années de la CNAV. À l’inverse, un fonctionnaire peu primé qui quitte l’État peut voir ses salaires ultérieurs ouvrir des droits selon les règles du régime général et de l’Agirc-Arrco plutôt que selon celles appliquées à son dernier traitement public.

La Cour constate qu’à salaire net égal, une carrière mixte est presque toujours moins favorable qu’une carrière entièrement publique. Elle recommande d’étudier une période de référence plus longue pour mieux tenir compte des parcours entre administrations et entreprises. Pour une personne ayant cotisé à plusieurs régimes, vérifier chaque relevé de carrière avant le départ est donc une démarche essentielle.

Le déficit des retraites de l’État : démographie et financement

Le chiffre de 40 milliards d’euros parfois présenté comme un « déficit caché » est attribué par ses promoteurs à la générosité des règles de retraite. La Cour des comptes propose une lecture plus détaillée, qui distingue les effets démographiques des avantages propres à certains métiers.

Le Service des retraites de l’État a versé 65,1 milliards d’euros de pensions en 2025 à environ 2 millions d’anciens fonctionnaires, sans compter les pensions de réversion. Le régime comptait parallèlement 1,9 million d’agents en activité, soit moins d’un cotisant par retraité, quand le secteur privé en compte environ un et demi.

L’État finance l’écart au titre de sa contribution d’employeur, fixée à 74,28 % du traitement pour les fonctionnaires civils et à 126,07 % pour les militaires. La Cour recommande de présenter distinctement les composantes de ces montants : 22,1 milliards d’euros seraient liés au déséquilibre démographique et 3,9 milliards aux dispositifs spécifiques, notamment aux départs anticipés. Sur les 26 milliards ainsi isolés, plus des cinq sixièmes relèveraient du rapport entre cotisants et retraités.

Après retrait de ces deux blocs, la contribution de l’État employeur tomberait, selon cette présentation, à 44,1 % du traitement pour les civils et à 51,2 % pour les militaires. Le débat sur la retraite des fonctionnaires porte donc autant sur la démographie et la transparence du financement que sur le calcul individuel des pensions.

Au final, les régimes de retraite du public et du privé ne sont ni identiques ni uniformément favorables à un seul groupe. La comparaison pertinente tient compte à la fois du salaire de référence, des primes, de la complémentaire, des cotisations sociales, de l’âge de départ et de la carrière réellement accomplie.

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