Oui : en France, les moyens financiers pèsent encore lourd dans l’accès aux études de médecine. Deux bacheliers admis la même année peuvent suivre les mêmes cours, mais partir avec des chances inégales si l’un peut payer une prépa privée à 6 579 euros en moyenne et l’autre doit s’en remettre au tutorat, qui coûte quelques dizaines d’euros. Selon l’ANEMF, les dépenses d’études recensées pour ces deux profils atteignent respectivement 8 016 euros et 193 euros, hors logement et vie courante : un écart de plus de 40 à 1.
La sélection ne se joue donc pas uniquement dans les examens. Elle se construit aussi autour du coût de la formation, de la capacité à financer les frais de scolarité et les préparations, puis à tenir plusieurs années avec une rémunération modeste. Pour comprendre ce que cette réalité change pour les étudiants et pour l’avenir des soignants, suivons le parcours de deux candidats fictifs, Lina et Thomas, admis dans la même faculté.
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- À l’entrée : la prépa privée peut coûter plusieurs milliers d’euros, quand le tutorat universitaire reste beaucoup plus accessible.
- Pendant le cursus : les dépenses augmentent, tandis que les revenus des étudiants hospitaliers restent faibles.
- Après un échec : poursuivre ses études à l’étranger constitue une option, mais souvent à un prix élevé.
- En 2027 : la nouvelle voie d’accès devra démontrer qu’elle réduit réellement les inégalités sociales.
Études de médecine : une promesse de diversité encore inaboutie
Avant 2020, la PACES concentrait l’accès aux filières de santé dans une première année et un concours très sélectifs. La réforme a créé deux parcours : le PASS, centré sur la santé, et la LAS, une licence disciplinaire — biologie, droit ou psychologie, par exemple — complétée par des enseignements de santé. L’objectif affiché était d’élargir les profils et de permettre davantage de passerelles.
Le bilan dressé par la Cour des comptes dans son rapport de décembre 2024 invite à nuancer cette ambition : l’institution qualifie la diversification des profils de constat d’échec. Les deux voies n’offrent pas non plus les mêmes probabilités de réussite : d’après les derniers chiffres ministériels cités, un étudiant en PASS a près de 1,7 fois plus de chances qu’un étudiant en LAS d’accéder directement à la deuxième année de médecine.
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PASS et LAS : des parcours aux chances différentes
Lina choisit le PASS parce que sa famille peut financer une préparation complémentaire et parce que cette voie semble offrir un avantage statistique. Thomas s’inscrit en LAS, attiré par sa discipline de licence et par la possibilité de poursuivre un autre cursus. Leur exemple est fictif, mais l’écart entre les parcours aide à comprendre pourquoi les familles cherchent à décoder les règles avant même la rentrée.
La vocation médicale ne suffit donc pas à effacer les différences d’information et de ressources. Quand une voie apparaît plus favorable, les familles qui en ont les moyens peuvent investir pour optimiser la préparation de leur enfant ; les autres doivent s’orienter avec moins d’accompagnement. La première année sélectionne ainsi des étudiants, mais aussi, indirectement, des conditions de départ.
Prépas privées en médecine : le prix de l’opacité
Choisir son parcours est devenu un exercice complexe. Un lycéen d’Île-de-France peut avoir à comparer une centaine de formations sur Parcoursup, selon le constat du ministre de l’Enseignement supérieur rapporté dans les données disponibles. Pour les familles qui le peuvent, les organismes privés vendent des cours, des examens blancs et un accompagnement présenté comme une façon de s’y retrouver.
À l’échelle nationale, l’ANEMF estime à 6 579 euros le coût moyen des seuls frais de préparation pour un étudiant inscrit en prépa privée. Cette dépense représente une part majeure du budget de première année ; elle s’ajoute aux frais de scolarité, aux supports de cours, aux transports et au logement. À l’inverse, le tutorat étudiant, organisé par des étudiants plus avancés, peut coûter quelques dizaines d’euros.
Un marché lucratif qui exige des garanties
La faible lisibilité des offres rend la comparaison difficile : les familles ne disposent pas toujours d’indicateurs homogènes pour évaluer la qualité des cours ni les résultats annoncés. L’affaire de la prépa fantôme Hippocrate illustre le risque le plus grave : en avril 2025, son fondateur a été condamné à quatre ans de prison, dont un ferme, après avoir encaissé environ 400 000 euros auprès de 150 à 200 candidats pour une formation qui n’a jamais existé.
Ces organismes ont des modèles et des pratiques différents, mais un principe doit rester constant : les étudiants doivent pouvoir vérifier le prix, le contenu et les résultats avant de s’engager. Des obligations de transparence sur les taux de réussite permettraient de distinguer les formations sérieuses des promesses commerciales. Pour situer le fonctionnement d’un autre secteur entrepreneurial, vous pouvez aussi consulter ce portrait d’un entrepreneur, Jacques Berrebi : la comparaison rappelle qu’une activité privée doit rendre son offre lisible, sans assimiler pour autant les deux domaines.
Quand l’orientation est complexe et l’information inégale, acheter de l’accompagnement paraît parfois indispensable. C’est ainsi que l’opacité du système devient une opportunité commerciale, et que l’argent peut se transformer en avantage scolaire.
Coût de la formation médicale : des dépenses qui durent jusqu’à l’internat
La pression financière ne s’arrête pas après la première année. En quatrième année, l’étudiant qui ne bénéficie pas d’une bourse et vit seul doit prévoir près de 6 000 euros pour ses dépenses de rentrée, selon l’ANEMF : frais d’inscription, complémentaire santé, assurance, logement, transports et premiers repas. Les manuels de préparation au concours représentent à eux seuls plus de 1 500 euros.
Une préparation privée au concours peut ajouter environ 6 300 euros. Or ce concours détermine le choix de la spécialité et de la ville d’internat. Un étudiant qui ne peut pas financer cette préparation doit donc composer avec des ressources de révision différentes à un moment où ses résultats peuvent peser durablement sur son parcours professionnel.
Des externes rémunérés au-delà de leurs moyens
À partir de la quatrième année, les étudiants deviennent externes et partagent leur temps entre la faculté et l’hôpital. Leur rémunération, évaluée par l’ANEMF à un peu plus de 200 euros nets par mois, reste très faible au regard des dépenses à assumer. À ce niveau, il faudrait plus de deux ans de rémunération pour couvrir une rentrée estimée à près de 6 000 euros.
À titre de comparaison, les données fournies indiquent qu’un stagiaire en entreprise reçoit au minimum 4,50 euros de l’heure depuis janvier 2025, alors que les externes ne bénéficient pas de ce même cadre de gratification. Cette différence nourrit la précarité étudiante et pose une question concrète : comment demander aux futurs médecins d’assurer une présence hospitalière tout en leur laissant financer eux-mêmes une large part de leur formation ?
La situation a déjà des effets sur les choix d’études. En 2023, plus de quatre étudiants de quatrième à sixième année sur dix déclaraient avoir envisagé d’abandonner pour des raisons financières, contre moins d’un sur quatre en 2019. Les données disponibles signalent une progression des coûts depuis cette enquête, sans fournir ici de mesure actualisée comparable ; le risque de renoncement mérite donc un suivi public régulier.
| Poste de dépense ou ressource | Montant indiqué | Ce que cela signifie |
|---|---|---|
| Frais d’études avec prépa, exemple ANEMF | 8 016 € | Montant hors logement et vie courante pour le profil considéré |
| Frais d’études avec tutorat, exemple ANEMF | 193 € | Un écart de plus de 40 à 1 avec l’autre profil |
| Préparation privée en première année | 6 579 € en moyenne | Principal poste de dépense associé à la préparation |
| Rentrée d’un externe non boursier vivant seul | Près de 6 000 € | Inscription, logement, santé, transports et dépenses courantes |
| Rémunération mensuelle nette d’un externe | Un peu plus de 200 € | Un revenu limité face aux dépenses de formation et de vie |
Les bourses étudiantes peuvent alléger une partie de ces coûts, mais elles ne suppriment pas automatiquement les dépenses liées au logement, aux concours ou aux supports de préparation. Pour Lina et Thomas, le montant disponible chaque mois compte autant que le prix affiché d’une formation : c’est lui qui détermine le temps consacré aux révisions, le recours à un emploi et la possibilité de rester dans le cursus.
Le financement des études conditionne ainsi non seulement l’entrée en médecine, mais aussi la capacité à poursuivre jusqu’à l’internat. Quand des candidats renoncent pour payer leur loyer ou leurs supports de cours, la pénurie de soignants se double d’un problème de justice sociale.
Études de médecine à l’étranger : une seconde chance à crédit
Pour les candidats qui n’accèdent pas à la formation souhaitée en France, l’étranger peut devenir une autre voie. La Cour des comptes estime qu’environ un candidat recalé sur dix poursuit des études de santé hors du pays. En 2024, plus de 5 000 étudiants français suivaient des études médicales à l’étranger, dont plus de 2 600 en Roumanie, selon les chiffres rapportés par Le Quotidien du médecin.
Cette option a un coût élevé et très variable selon l’établissement. Dans certaines facultés privées étrangères, une année peut atteindre 14 000 euros, hors logement et déplacements entre le pays d’études et la France. Pour une famille qui ne peut déjà pas payer une prépa, cette seconde chance reste souvent inaccessible ; l’exil universitaire ne corrige donc pas mécaniquement les inégalités sociales.
Les données publiques récentes sur l’origine sociale des étudiants en médecine font défaut dans les éléments disponibles. Les derniers chiffres solides cités, publiés par la DREES il y a plus de dix ans, indiquaient qu’environ quatre étudiants de première année sur dix étaient enfants de cadres et qu’un enfant de cadre avait 2,5 fois plus de chances qu’un enfant d’ouvrier d’entrer en médecine.
Sans indicateurs réguliers, il est difficile de savoir si les réformes ont changé la composition sociale des promotions. Publier des données actualisées sur les admissions, les parcours et les abandons permettrait de vérifier si les candidats sont sélectionnés selon leurs aptitudes ou si les ressources familiales continuent de peser de façon décisive.
La possibilité de partir étudier ailleurs élargit les options de certains candidats, mais elle ne remplace pas une politique d’accès équitable en France. Une réforme ne peut être évaluée sans savoir qui entre, qui poursuit et qui renonce.
Réforme des études de médecine en 2027 : le test du financement
Pour la rentrée 2027, le gouvernement prévoit de remplacer le PASS et la LAS par une voie unique, présentée sous le nom de « licence portail santé ». En 2026, cette échéance reste un projet à venir : ses effets dépendront de son organisation concrète, des moyens accordés aux universités et de l’accompagnement proposé aux étudiants.
Le critère décisif sera simple à observer : les familles auront-elles moins besoin de payer une prépa privée pour comprendre la sélection et préparer les examens ? Si le nouveau dispositif change surtout les intitulés, sans renforcer le tutorat ni clarifier les attendus, l’avantage financier continuera de profiter aux candidats les mieux accompagnés.
Les mesures à examiner sont concrètes et complémentaires. Elles visent à agir sur l’information, les dépenses et les données disponibles, plutôt qu’à faire reposer toute la réussite sur les efforts individuels des étudiants.
- Financer le tutorat public : lui donner les moyens d’offrir un accompagnement régulier, des ressources de qualité et des examens blancs, afin qu’il constitue une solution crédible face aux prépas payantes.
- Rendre les prépas transparentes : imposer la publication de leurs tarifs, de leurs méthodes et de taux de réussite présentés selon des critères comparables.
- Revaloriser la rémunération des externes : réduire l’écart entre leur contribution à l’activité hospitalière et les ressources dont ils disposent pour vivre.
- Suivre l’origine sociale des étudiants : publier périodiquement des données sur les admissions, les abandons et les parcours, pour mesurer l’effet réel des réformes.
Ces leviers ne garantissent pas que tous les candidats réussiront : les places de formation resteront limitées et la médecine demandera toujours un travail soutenu. Ils permettraient en revanche de limiter le poids du portefeuille dans la préparation, et de donner aux étudiants des conditions plus comparables pour démontrer leurs capacités.
Revenons à Lina et Thomas : dix ans plus tard, l’un comme l’autre pourrait exercer auprès de patients. Rien ne permet de présumer lequel sera le meilleur médecin, mais celui qui a pu payer une préparation privée a bénéficié de davantage de ressources au départ. La réforme de 2027 sera jugée à sa capacité à réduire cet écart, et non au seul nom de la nouvelle voie.
La disparition du numerus clausus en 2020 n’a pas rendu les places illimitées : les capacités de formation et d’encadrement continuent de fixer le nombre d’étudiants admis. Pour que la vocation médicale ne dépende pas d’abord des moyens familiaux, la nouvelle organisation devra agir sur le coût de la formation, la qualité du tutorat et la transparence des parcours. Un autre portrait consacré à Jacques Berrebi et à son parcours d’entrepreneur offre un détour sur la trajectoire d’une figure du monde des affaires ; dans les études de médecine, la priorité reste de garantir à chaque candidat une préparation accessible et des règles lisibles.



