Thales s’impose à travers une histoire riche de plus d’un siècle, mêlant innovation technologique, défense, et transformation numérique. Le groupe s’est construit sur des bases solides allant de la traction électrique aux radars, avant de s’orienter vers l’intelligence artificielle, un secteur dans lequel il s’impose désormais en leader. Cette trajectoire d’innovation exceptionnelle peut se résumer par :
- Un héritage industriel centenaire ancré dans les technologies critiques.
- Une adaptation continue aux besoins militaires et stratégiques, avec une montée en puissance dans les domaines du radar et des systèmes embarqués.
- Un virage numérique marqué depuis 2019, intégrant la cybersécurité et l’intelligence artificielle avec des applications concrètes et avant-gardistes.
- Un engagement fort dans la R&D qui assure un positionnement durable sur le marché mondial de la défense et de l’aérospatial.
- Une ambition globale avec un contrôle français ferme et une volonté d’excellence en matière de sécurité et de souveraineté technologique.
Explorons en détail les étapes clés et les spécificités de cette entreprise hors norme, qui redéfinit les frontières de l’innovation dans un monde où la technologie est stratégique.
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Sommaire
- 1 Les racines historiques de Thales : de la traction électrique au radar militaire
- 2 Un virage numérique radical depuis 2019 : cybersécurité et intelligence artificielle au cœur de la transformation
- 3 Performances financières robustes et intensité R&D : moteur de l’innovation continue
- 4 Perspectives 2024-2028 : ambitions de croissance et défis d’un marché en mutation
- 5 Le contrôle français et la dimension globale : un équilibre entre souveraineté et expansion internationale
Les racines historiques de Thales : de la traction électrique au radar militaire
L’histoire de Thales débute en 1893 avec la création de la CFTH, une filiale s’inspirant d’un pionnier américain de la traction électrique. L’entreprise s’est d’abord concentrée sur l’électrification des réseaux de tramways et chemins de fer, avant d’étendre ses domaines à la radiologie, à la téléphonie et à l’électroménager dans les années 1920. Cette diversification est révélatrice d’une capacité précoce à évoluer selon les évolutions technologiques et industrielles.
Simultanément, la CSF se développait autour de la radio sans fil et surtout du radar, grâce à la vision d’Émile Girardeau qui envisageait les transmissions et les ondes électromagnétiques comme des outils stratégiques pour l’avenir. Cette spécialisation précoce se traduira plus tard par une expertise de haut niveau en défense et en sécurité.
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La fusion, dans les années 1960, entre CFTH et CSF sous le nom Thomson CSF, constitue un tournant décisif. Elle concentre désormais les ressources sur l’électronique de défense, notamment avec la production du missile surface-air Crotale et le développement des premiers satellites militaires français. Le rayonnement international s’accentue notablement dans les années 1970 grâce à des contrats d’exportation importants, soulignant la montée en puissance technologique du groupe.
Durant les années 1980, le groupe se recentre radicalement sur ses activités de défense, sous l’impulsion notamment d’Alain Gomez, en abandonnant les secteurs plus grand public pour consolider ses forces autour de la sécurité nationale et des systèmes critiques. Cette orientation stratégique s’accompagne d’un mouvement progressif vers la privatisation dans les années 1990, avec l’État conservant toujours un rôle majeur, notamment en garantissant la maîtrise technologique.
Le changement de nom en 2000 pour devenir Thales marque la volonté d’affirmer une identité internationale et moderne, prête à relever les défis technologiques contemporains dans des domaines notamment liés à l’aérospatial et aux systèmes embarqués. Les acquisitions et les alliances avec des entités comme Philips ou Dassault Électronique affirment cette configuration.

Un virage numérique radical depuis 2019 : cybersécurité et intelligence artificielle au cœur de la transformation
Depuis 2019, Thales a opéré un tournant majeur en intégrant profondément les technologies digitales et l’intelligence artificielle dans son modèle d’affaires. Le rachat de Gemalto cette année-là est un pas stratégique dans le domaine de la cybersécurité et de l’identité numérique. Plus récemment, l’acquisition d’Imperva en 2023, spécialisée dans la protection des applications numériques et des bases de données, accentue ce positionnement sur la sécurisation des infrastructures critiques.
Ces évolutions s’inscrivent dans une logique globale d’offrir une chaîne de décision sécurisée et intelligente. Cela implique la gestion combinée des capteurs, des communications sécurisées, des systèmes de commandement, ainsi que des solutions avancées en cybersécurité, tout en plaçant l’éthique, la fiabilité et la souveraineté technologique au centre des préoccupations.
L’intégration de l’IA dans les radars et les systèmes embarqués révolutionne les opérations militaires. Par exemple, les radars tactiques comme le Ground Fire 300 analysent le champ de bataille en temps réel, suivant jusqu’à 1 000 cibles simultanément grâce à un traitement numérique poussé. Cette technologie « intelligente » permet une prise de décision plus rapide et plus précise, ce qui transforme l’efficacité opérationnelle des forces armées. La production de ces radars, désormais à son triple (en volume) par rapport aux années précédentes, témoigne du dynamisme de ce secteur.
Par ailleurs, les innovations en intelligence artificielle se déploient dans la détection de mines sous-marines avec la Royal Navy, en s’appuyant sur des centres autonomes et des capacités embarquées d’apprentissage machine. Ces applications témoignent d’une amélioration tangible des capacités de sécurité maritime et de défense, tout en réduisant les risques humains. Ces avancées reposent sur l’expertise de plus de 800 spécialistes engagés dans des projets comme l’accélérateur cortAIx.
Enfin, cette transformation numérique s’étend au-delà du monde militaire. Thales propose désormais des solutions pour sécuriser des infrastructures civiles sensibles, favoriser la souveraineté économique et accompagner la transformation digitale des entreprises, un contexte dans lequel on peut rappeler l’importance grandissante de la cybersécurité, liée à la hausse des menaces dans le monde connecté actuel.
Performances financières robustes et intensité R&D : moteur de l’innovation continue
Les résultats financiers récents de Thales confirment la solidité de son modèle économique et son engagement dans l’innovation. En 2024, le groupe a enregistré un chiffre d’affaires de 20,6 milliards d’euros et un EBIT ajusté de 2,42 milliards d’euros. Son carnet de commandes est exceptionnel, dépassant les 50 milliards, traduisant une visibilité confortable pour les années à venir. Le ratio commandes sur chiffre d’affaires dépasse 1,2, signe d’une croissance organique robuste.
La répartition des ventes en 2024 reflète la stratégie du groupe :
| Secteur | Part du chiffre d’affaires | Taux de croissance annuel | Marge EBIT (%) |
|---|---|---|---|
| Défense | Plus de 50% | 13,9% | 13,1% |
| Aéronautique | 29% | résilient, porté par la reprise | non spécifiée |
| Numérique et cybersécurité | 18% | 14,8% | 14,5% |
L’effort en recherche et développement s’élève à plus de 4 milliards d’euros par an, dont environ 1,274 milliard est autofinancé. Cette enveloppe est prioritairement dédiée aux technologies de rupture telles que l’intelligence artificielle, les capteurs avancés, la cybersécurité et le quantique.
Quelques illustrations de cette politique R&D :
- Le développement d’algorithmes d’IA embarquée pour la gestion autonome des mines ou la reconnaissance rapide de cibles dans les radars de nouvelle génération.
- Des avancées en cybersécurité intégrée aux infrastructures critiques, répondant à des besoins gouvernementaux ou industriels, consolidant la souveraineté économique française.
- Une politique responsable visant la réduction des émissions de CO₂, avec des objectifs 2030 anticipés atteints sur les scopes directs, et une politique inclusive avec un taux d’emploi handicapé élevé, ce qui humanise la trajectoire d’innovation du groupe.
Si l’on souhaite comprendre l’importance stratégique de ce budget R&D, il faut voir que Thales se positionne dans un marché concurrentiel mais vital, où chaque avancée peut avoir une influence sur la sécurité mondiale.
Perspectives 2024-2028 : ambitions de croissance et défis d’un marché en mutation
La feuille de route de Thales pour la période 2024-2028 prévoit une croissance organique annuelle soutenue comprise entre 5 et 7 %. Le groupe vise un chiffre d’affaires autour de 25 milliards d’euros à l’horizon 2028, avec une marge EBIT ajustée à maintenir entre 13 et 14 %. Cette trajectoire repose sur plusieurs piliers :
- La défense, qui doit continuer à croître de 6 à 7 %, encouragée par la hausse des budgets européens consacrés à la sécurité et à la modernisation des armes et radars.
- L’avionique, qui reste résiliente grâce à la reprise constante du trafic aérien et aux innovations dans les systèmes embarqués, domaine historique de Thales.
- Le pôle Cyber & Digital, moteur principal de rentabilité, qui devrait enregistrer une progression de 5 à 7 % avec une marge cible élevée (16 à 17 %), porteur de solutions innovantes comme celles liées à la protection des données et à l’identité numérique.
- Un redressement indispensable du secteur spatial face à l’émergence de constellations nouvelles et à la concurrence accrue de Starlink et d’autres opérateurs d’orbite basse.
Cette ambition traduit des vents porteurs mais aussi des défis importants, tels que la volatilité des investissements dans les services numériques ou la nécessité d’intégrer pleinement les acquisitions récentes. Les progrès attendus dans ce cadre reposent sur la capacité à conjuguer innovation technique, accélération numérique et maîtrise des enjeux réglementaires et éthiques.
Il est intéressant de noter que malgré la montée en puissance internationale, la gouvernance de Thales reste tournée vers la souveraineté française. L’État et Dassault Aviation contrôlent ensemble plus de la moitié du capital, ce qui garantit une continuité stratégique dans un secteur où la sécurité est primordialement un enjeu d’État.
Le contrôle français et la dimension globale : un équilibre entre souveraineté et expansion internationale
Le contrôle français sur Thales est un facteur clé de sa stratégie et de sa stabilité à long terme. Avec une détention d’environ 26 % du capital côté État et un autre 26 % détenu par Dassault Aviation, la gouvernance est volontairement verrouillée, permettant d’assurer la confidentialité et la maîtrise des technologies sensibles et des systèmes critiques.
Cette structure de contrôle rassure quant à la préservation des savoir-faire nationaux, essentielle dans un environnement géopolitique tendu où la dépendance technologique est un risque à atténuer avec vigueur. Le groupe doit en effet rivaliser avec de grands acteurs mondiaux tout en garantissant la sécurité de ses solutions, qu’elles soient pour la défense, l’aérospatial ou la cybersécurité.
Le positionnement de Thales dans le CAC 40 ESG depuis 2024 reflète aussi une volonté de marier performance économique et responsabilité. La présence dans cet indice montre une reconnaissance des efforts en matière sociale, environnementale, et de bonne gouvernance, ce qui renforce son image face à ses partenaires et clients internationaux.
La portée globale du groupe se confirme par ses coopérations et contrats à l’échelle mondiale, où il apporte des systèmes de radar à la pointe, des solutions intelligentes fondées sur l’intelligence artificielle, destinées tant à la sécurité des États qu’à la gestion des infrastructures critiques civiles, tout en participant à des projets d’innovation de grande envergure avec des acteurs comme Airbus.
À ce sujet, on peut consulter l’exemple d’Airbus qui illustre bien l’importance de cette aventure industrielle européenne en matière d’aéronautique et technologie avancée, un secteur où Thales est incontournable (Airbus : l’épopée européenne qui a transformé l’aviation mondiale).



