Naval Group rassemble bien la fabrication des torpilles et ses activités liées aux drones navals sur un site unique, aux Bormettes, à La Londe-les-Maures, dans le Var. Le centre doit réunir environ 550 salariés, des bureaux d’études, des ateliers et des moyens d’essais sur un terrain de 22 hectares ouvert sur la Méditerranée. L’objectif est de rapprocher les équipes qui conçoivent les armes sous-marines de celles qui développent les drones et leurs systèmes autonomes, tout en facilitant les essais en mer.
Le projet s’inscrit dans une stratégie plus large de défense navale : concevoir, produire, tester et entretenir des équipements au même endroit. Les premières équipes sont attendues à partir de la fin 2027, avec une montée en puissance prévue en 2028. Pour comprendre ce que change ce regroupement industriel, nous pouvons retenir trois éléments :
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- Une continuité industrielle : les torpilles MU90 et F21, aujourd’hui fabriquées à Saint-Tropez, doivent être transférées aux Bormettes.
- Un pôle tourné vers l’autonomie : le centre accueillera aussi les activités consacrées aux drones de surface et aux drones sous-marins.
- Un investissement varois : l’enveloppe annoncée de 140 millions d’euros couvre le site de La Londe et l’extension d’Ollioules, sans détail public du coût propre aux Bormettes.
Le projet associe ainsi héritage industriel et innovation navale. Il doit rapprocher les équipes de Naval Group de la Marine nationale, de la Direction générale de l’armement (DGA) et de leurs partenaires, tout en redonnant une vocation industrielle à une emprise où des torpilles étaient déjà fabriquées au début du XXe siècle.
Un site unique pour concevoir et produire torpilles et drones
Le futur centre des Bormettes réunira environ 17 000 m² de bâtiments sur une emprise d’environ 22 hectares. Le projet architectural de l’agence Patriarche prévoit des bureaux d’études, des équipes de recherche et développement, des ateliers de prototypage et d’assemblage, ainsi qu’un centre d’essais.
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Cette organisation rapproche plusieurs étapes qui sont aujourd’hui réparties entre différents établissements. Un ingénieur pourra suivre la conception d’un équipement, son assemblage, son intégration avec d’autres systèmes, puis les essais réalisés depuis le littoral. Après la livraison, les équipes pourront aussi assurer le maintien en condition opérationnelle, c’est-à-dire l’entretien et la mise à niveau des matériels en service.
Le centre doit également accueillir des personnels des armées clientes et des entreprises partenaires. Pour une équipe chargée de vérifier l’intégration d’un drone sur un navire, travailler à proximité des concepteurs et des ateliers peut faciliter les ajustements et réduire les délais de coordination. C’est la logique du site unique : faire circuler plus directement les compétences, des plans aux essais.
Cette proximité concerne toute l’industrie maritime de défense : les bâtiments de surface, les engins autonomes et les équipements qui les relient doivent fonctionner ensemble. Le site n’est donc pas seulement un lieu de production ; il vise à réunir des métiers complémentaires autour des systèmes sous-marins et navals.
Des torpilles MU90 et F21 aux drones sous-marins
Le transfert concerne d’abord deux armes déjà produites en partie ou en totalité à Saint-Tropez. La MU90, torpille légère, est conçue pour la lutte anti-sous-marine et peut être tirée depuis une frégate, un avion ou un hélicoptère. La F21, torpille lourde, équipe les sous-marins. L’établissement tropézien doit fermer lorsque les activités et les équipements auront été déplacés vers La Londe.
La prochaine évolution de la F21, la F21 Mk2, est attendue à partir de 2028, après les phases de développement et de qualification qui valident le matériel avant sa production. Naval Group développe aussi Canto, un système de contre-mesure conçu pour aider les navires à se protéger des torpilles adverses. Ces activités historiques côtoieront les équipes chargées des drones et de leurs logiciels d’autonomie.
Dans son offre présentée en 2026, le groupe distingue plusieurs familles : Steeris pour les logiciels d’autonomie et de conduite de mission, Seaquest pour les drones de surface, Seagent pour les drones sous-marins et Sealken pour les équipements permettant de mettre ces engins en œuvre depuis un navire. Cette gamme couvre ainsi le véhicule, son « pilote » logiciel et son interface avec les bâtiments habités.
| Activité ou équipement | Rôle | Échéance ou implantation |
|---|---|---|
| MU90 | Torpille légère destinée à la lutte anti-sous-marine | Transfert de Saint-Tropez vers La Londe prévu d’ici à 2028 |
| F21 et F21 Mk2 | Torpille lourde pour sous-marins ; version modernisée en développement | Premières livraisons de la Mk2 attendues à partir de 2028 |
| Seagent | Famille de drones sous-marins autonomes | Activité appelée à rejoindre le centre des Bormettes |
| Steeris, Seaquest et Sealken | Logiciels, drones de surface et équipements de mise en œuvre | Ensemble des métiers rapproché sur le même site |
Cette cohabitation répond à une parenté technique : une torpille est déjà un engin sous-marin sans équipage, doté de capacités de navigation et de guidage. En rapprochant ces savoir-faire, Naval Group cherche à accélérer le développement de technologies militaires adaptées à des missions de surveillance, de renseignement et de lutte anti-sous-marine.
Le démonstrateur UCUV, un drone de combat de plus de 10 tonnes
Le projet industriel s’inscrit dans des travaux déjà engagés pour la DGA. Le 28 décembre 2023, celle-ci a confié à Naval Group un accord-cadre portant sur l’étude, la réalisation et l’expérimentation d’un démonstrateur de drone sous-marin de combat sans équipage, désigné par le sigle anglais UCUV.
La DGA vise un engin de longue endurance de plus de 10 mètres et de plus de 10 tonnes. Les travaux portent notamment sur l’autonomie énergétique, l’intégration des capteurs, le traitement des informations à bord, la capacité de décision et la sécurité de navigation. Le programme s’appuie sur les acquis du XL-UUV, un grand drone sous-marin que Naval Group a qualifié en mer à la fin de l’été 2023.
Le groupe présente aussi le Seagent XL comme un système sous-marin autonome conçu pour les missions de longue durée et pouvant être déployé depuis un quai ou un navire. La DGA et Naval Group n’ont pas précisé si le démonstrateur UCUV sera conçu ou testé aux Bormettes. Le nouveau centre doit néanmoins réunir plusieurs compétences mobilisées par ce type de programme, en particulier l’autonomie, les capteurs et l’armement sous-marin.
Pour replacer ce programme dans l’écosystème de défense français, nous pouvons aussi consulter cette présentation des piliers de l’industrie de défense française. Les armes navales et les systèmes autonomes y prennent une place croissante, aux côtés des plateformes conçues pour les forces armées.
La localisation rapproche le centre de la base navale de Toulon, de la Marine nationale, de la DGA et des installations d’essais méditerranéennes, dont celles de DGA Essais de missiles sur l’île du Levant. Cette proximité peut faciliter les échanges avec les futurs utilisateurs et l’organisation des essais en mer, une étape déterminante pour un équipement destiné à opérer sous la surface.
Le terrain possède aussi une longue histoire. Schneider s’est installé aux Bormettes en 1907 pour expérimenter et régler des torpilles, avant d’y démarrer leur fabrication en 1912. Après la nationalisation de l’entreprise et son intégration à l’industrie navale publique, l’usine a fermé en 1993. L’héritage de la Direction des constructions navales a permis à Naval Group de conserver cette emprise : plus de trente ans après la fermeture, la fabrication de torpilles doit donc revenir sur ce site.
Le choix de La Londe s’inscrit dans une concentration plus large des activités varoises. Les salariés concernés travaillent actuellement à Saint-Tropez, Toulon-Lagoubran et Ollioules-Euclide. Le centre doit rassembler des compétences qui, jusqu’ici, étaient réparties entre ces différents établissements.
550 salariés, 140 millions d’euros et des enjeux environnementaux
Environ 550 collaborateurs doivent rejoindre progressivement les Bormettes, pour la plupart depuis d’autres sites varois. Lors de l’annonce de la réorganisation en 2022, Naval Group avait indiqué qu’elle ne supprimerait pas de postes. Une communication de février 2025 évoquait aussi la création de 100 à 200 emplois directs supplémentaires à l’horizon 2027 ; l’entreprise n’a pas rendu publique une répartition actualisée entre transferts et recrutements.
L’enveloppe annoncée de 140 millions d’euros concerne deux opérations dans le Var : le centre de La Londe et l’extension du site d’Ollioules, dont le nouveau bâtiment a été livré. Le coût propre aux Bormettes n’a pas été détaillé. Les collectivités locales réalisent aussi des aménagements, sans ventilation publique complète et actualisée de leurs financements.
Le chantier a fait l’objet d’une enquête publique menée du 7 juillet au 8 août 2025, portant sur l’autorisation environnementale, l’urbanisme et des concessions du domaine public maritime. La commission d’enquête a rendu quatre avis favorables avec recommandations et sans réserve. Après le rejet, le 30 avril 2026, de leur demande de suspension en référé, les associations France Nature Environnement Var et Les Amis des Bormettes ont retiré leurs recours ; le tribunal a pris acte de ces désistements en juillet.
Naval Group annonce viser une certification NF HQE de niveau « Excellent » et le niveau « Performant » du label BiodiverCity. Le programme prévoit notamment la plantation de 400 arbres, la récupération des eaux de pluie, le maintien de sols perméables et des panneaux photovoltaïques destinés à couvrir environ 30 % de la consommation du site. L’industriel avance aussi une réduction de 70 % de l’empreinte carbone par rapport à ses implantations actuelles : ces objectifs devront être vérifiés une fois le bâtiment en service.
À l’échelle du groupe, le centre représente une part limitée des effectifs, mais s’appuie sur un carnet de commandes conséquent. Naval Group comptait en moyenne 17 170 équivalents temps plein en 2025 et a enregistré un chiffre d’affaires de 4,679 milliards d’euros. Son carnet atteignait 32 milliards d’euros au 31 décembre 2025, tandis que l’État détenait 62,25 % de son capital, Thales 35 % et les salariés et anciens salariés le solde principal.
Pour suivre l’effet de ces implantations sur les bassins d’emploi, notre dossier sur les pôles d’emplois de la filière navale apporte un éclairage complémentaire. Aux Bormettes, l’enjeu sera de transformer la proximité des équipes et des moyens d’essais en capacités industrielles concrètes : le regroupement prend tout son sens lorsque les prototypes peuvent passer rapidement de l’atelier à la mer.



