Choose France 2025 : Cap sur des investissements historiques ?

Choose France 2025 : Cap sur des investissements historiques ?

Oui : Choose France 2025 a marqué un cap avec des annonces d’investissement de grande ampleur, mais leur portée se mesure désormais à leur réalisation. L’année a compté deux rendez-vous à distinguer : le sommet international du 19 mai à Versailles, qui a attiré des investisseurs étrangers, puis Choose France – Édition France, organisé le 17 novembre pour mettre à l’honneur les entreprises françaises. Les chiffres publiés ne couvrent donc pas tous le même périmètre : les bilans de la campagne évoquent plus de 37 milliards d’euros pour le sommet international, tandis que l’édition consacrée aux entreprises tricolores affiche 30,4 milliards d’euros d’investissements cumulés, dont 9,2 milliards d’annonces nouvelles.

Cette dynamique s’inscrit dans une compétition mondiale où les États-Unis et la Chine cherchent eux aussi à attirer capitaux, usines et compétences. Pour apprécier le bilan sans confondre annonces et projets déjà engagés, nous pouvons retenir trois repères :

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  • Le volume annoncé, qui traduit l’intérêt des investisseurs pour la France.
  • La nature des projets, notamment dans l’intelligence artificielle, l’industrie et la transition écologique.
  • Leur concrétisation, à suivre à travers les chantiers, les emplois et les capacités de production.

La question posée par le titre appelle donc une réponse nuancée : les montants sont historiques par leur ampleur, mais leur effet durable dépendra de la transformation des promesses en activité économique. C’est ce passage de l’annonce au terrain que nous examinons ici.

Choose France 2025 : deux rendez-vous, des investissements à distinguer

Le sommet international organisé à Versailles le 19 mai 2025 était la huitième édition de Choose France, lancé en 2018, et non la sixième. Il a réuni des dirigeants étrangers autour de rencontres bilatérales et de tables rondes, avec un objectif : renforcer l’attractivité française face aux politiques industrielles offensives menées à l’étranger.

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Les bilans de la campagne font état de plus de 37 milliards d’euros d’investissements annoncés et de 151 projets. En novembre, la première édition de Choose France – Édition France a, elle, mis en avant les décisions d’entreprises françaises : 30,4 milliards d’euros d’investissements cumulés, dont 9,2 milliards d’euros de nouveaux projets annoncés lors du sommet. Ces totaux ne s’additionnent pas automatiquement : ils correspondent à des événements et à des périmètres différents.

Cette distinction aide à comprendre le contexte. En 2024, le sommet avait annoncé 15 milliards d’euros d’engagements et 56 projets, associés à environ 10 000 emplois potentiels. Les annonces de 2025 ont donc dépassé ce repère, mais les montants annoncés ne sont pas tous des dépenses déjà réalisées.

Repère Chiffre annoncé Lecture à retenir
Choose France 2024 15 milliards d’euros et 56 projets Environ 10 000 emplois potentiels associés aux projets
Sommet international 2025 Plus de 37 milliards d’euros et 151 projets Bilan de la campagne étrangère, selon les chiffres publiés
Choose France – Édition France 2025 30,4 milliards d’euros cumulés, dont 9,2 milliards de nouvelles annonces Rendez-vous consacré aux investissements des entreprises françaises

Pour situer ces résultats dans la durée, nous pouvons consulter le point consacré aux investissements étrangers en France. Le nombre de projets compte, mais leur exécution et leur capacité à créer des emplois pérennes restent les meilleurs indicateurs de réussite.

IA, transition écologique et réindustrialisation : les secteurs en première ligne

Les annonces de Choose France 2025 reflètent trois priorités liées : développer l’innovation, accélérer la transition écologique et renforcer l’industrie sur le territoire. L’intelligence artificielle a occupé une place particulière, avec le projet annoncé d’un campus franco-émirati réunissant un datacentre d’une puissance envisagée d’un gigawatt et un pôle de recherche européen. Les estimations évoquées avant l’événement allaient de 30 à 50 milliards d’euros ; elles décrivaient une ambition de projet, et non un montant à considérer comme entièrement investi.

Un datacentre de cette taille suppose des besoins importants en électricité, en refroidissement et en raccordement au réseau. Pour mesurer sa valeur économique, il faut donc regarder au-delà du chiffre annoncé : calendrier de construction, origine de l’énergie, emplois qualifiés créés et retombées pour les fournisseurs français seront déterminants.

Des usines et des chaînes d’approvisionnement à consolider

Les batteries, l’hydrogène et les semi-conducteurs constituent d’autres axes stratégiques. La gigafactory de batteries solides portée par Blue Solutions à Mulhouse illustre l’enjeu : produire localement des technologies nécessaires aux véhicules électriques peut réduire certaines dépendances et soutenir un écosystème de sous-traitants.

L’éventualité d’une implantation de BYD en France a également nourri les attentes autour de la filière automobile. Pour une entreprise locale de composants, un investissement de cette nature peut ouvrir l’accès à de nouveaux contrats ; il peut aussi intensifier la concurrence. L’effet sur la réindustrialisation dépendra ainsi du degré d’intégration des fournisseurs, de la formation des équipes et du volume produit sur place.

En 2025, Microsoft avait annoncé 4 milliards d’euros pour le cloud et l’intelligence artificielle, tandis qu’Amazon avait prévu 1,2 milliard pour ses infrastructures logistiques et numériques. Pfizer et AstraZeneca avaient, pour leur part, annoncé des investissements de plusieurs centaines de millions d’euros dans la recherche biomédicale. Ces exemples montrent la diversité des secteurs concernés, de la santé aux services numériques.

Ces projets éclairent aussi les enjeux de souveraineté économique française : attirer des capitaux ne suffit pas si les technologies, les compétences et les capacités de production restent largement contrôlées depuis l’étranger. La qualité des partenariats et l’ancrage local sont donc aussi importants que les montants.

Attractivité de la France : les investisseurs et les secteurs porteurs

Le casting annoncé à Versailles témoignait de la dimension internationale du sommet. Parmi les personnalités attendues figuraient Stella Li, vice-présidente de BYD, le milliardaire mexicain Carlos Slim, des représentants de fonds souverains saoudiens et émiratis, ainsi que des dirigeants associés à Blackstone, Goldman Sachs, IKEA et BASF.

Les délégations européennes représentaient environ 40 % des invités, devant les États-Unis, à 19 %, puis les délégations asiatiques et moyen-orientales. Ces rencontres offrent aux entreprises françaises un accès direct à des investisseurs susceptibles de financer des projets de grande ampleur. Elles ne garantissent pas pour autant une décision immédiate : les négociations, les autorisations et les études techniques peuvent s’étendre sur plusieurs années.

Le tourisme et la création, nouveaux leviers de croissance

Une séquence consacrée au tourisme et à l’économie créative a élargi le champ habituel des discussions. L’hôtellerie, le patrimoine et l’audiovisuel peuvent attirer des capitaux tout en soutenant des emplois répartis dans les régions. Le Festival de Cannes et la réouverture de Notre-Dame de Paris ont contribué à mettre en lumière le rayonnement culturel français et son potentiel économique.

Imaginons une entreprise fictive de taille intermédiaire qui fabrique des équipements pour les hôtels. Si un groupe international finance de nouveaux établissements, cette PME peut obtenir des commandes, recruter et investir dans ses propres outils de production. Ce type de retombée indirecte relie l’attractivité des grands projets à la croissance des entreprises locales.

La France a conservé en 2025 sa première place européenne pour l’attractivité auprès des investisseurs étrangers, selon le baromètre EY cité dans les données disponibles. Ce rang constitue un signal favorable, mais il ne remplace pas l’analyse des emplois effectivement créés, des sites ouverts et de la valeur produite sur le territoire.

Le sommet permet ainsi de rapprocher visibilité internationale et projets concrets, à condition que les collectivités, les entreprises et les investisseurs travaillent ensemble sur les compétences, le foncier et les infrastructures. L’attractivité devient durable lorsque ses bénéfices se diffusent au-delà des annonces nationales.

Des annonces aux chantiers : comment mesurer le bilan de Choose France

Pour juger les résultats en 2026, nous pouvons suivre chaque projet à partir de quelques indicateurs simples : le montant effectivement engagé, le calendrier des travaux, les emplois créés et la part des achats confiée aux fournisseurs locaux. Cette méthode évite de confondre une intention d’investissement avec une usine opérationnelle ou un centre de recherche déjà en activité.

Le suivi est particulièrement utile pour les projets qui demandent de lourdes infrastructures. Un datacentre, une usine de batteries ou une unité de semi-conducteurs dépend de délais d’autorisation, de raccordements énergétiques et de recrutements spécialisés. Un glissement de calendrier ne signifie pas forcément un abandon, mais il modifie le rythme auquel l’économie en ressent les effets.

  • Investissement réalisé : comparer les annonces aux dépenses engagées sur les sites concernés.
  • Emploi : distinguer les emplois prévus, les postes ouverts et les recrutements effectivement effectués.
  • Ancrage territorial : vérifier la place des fournisseurs, des sous-traitants et des centres de formation locaux.
  • Impact environnemental : suivre la consommation d’énergie, les émissions et les mesures de transition écologique.

Les restrictions de circulation et le dispositif de sécurité déployés à Versailles rappelaient l’importance diplomatique de l’événement. Plusieurs centaines de journalistes et près d’un millier de participants étaient attendus, en plus des équipes logistiques et des forces mobilisées. Cette mise en scène donne de la visibilité à la France ; la confiance des investisseurs se construit ensuite dans la stabilité des règles et la qualité d’exécution des projets.

Le défi dépasse donc la taille des annonces. Pour conserver sa place dans la compétition mondiale, la France doit convertir son attractivité en capacités industrielles, en innovation et en emplois durables : c’est à cette condition que Choose France pourra soutenir une croissance solide et mieux répartie.

Les entreprises des Hauts-de-France illustrent, à une autre échelle, le rôle des savoir-faire régionaux dans la vitalité économique.

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