Le nouvel avion chinois, fruit d’une industrie aéronautique en pleine évolution, est désormais prêt à se mesurer aux leaders historiques que sont Airbus et Boeing. Cette percée, symbolisée par le C919 de COMAC, s’appuie sur plusieurs piliers essentiels : une montée en puissance rapide sur le marché intérieur, une stratégie offensive d’exportation en Asie-Pacifique, une autonomie technologique en pleine construction, ainsi qu’un catalogue qui s’enrichit pour répondre aux besoins variés des compagnies aériennes. Ces éléments conjugués dessinent le profil d’un concurrent déterminé à redessiner l’ordre du marché mondial de l’aviation.
- Les avancées et limites technologiques du C919 face à ses rivaux occidentaux
- Le marché intérieur chinois comme tremplin incontournable
- La stratégie d’exportation et d’expansion en Asie-Pacifique
- Le développement d’une industrie aéronautique autonome grâce à un moteur national en test
- Les défis à relever pour défier Airbus dans sa propre sphère
Explorons ces dynamiques pour comprendre en quoi ce nouvel avion chinois constitue une innovation majeure, tout en mettant en lumière les enjeux qu’il doit encore surmonter.
A lire aussi : Airbus : La grande aventure européenne de l'aéronautique
Sommaire
Le nouvel avion chinois, un acteur disruptif sur le marché mondial de l’aviation
Depuis son lancement en 2023, le C919 a bousculé les codes de l’industrie aéronautique en s’octroyant près de 25 % des commandes mondiales de monocouloirs en 2024. Ce succès a principalement été porté par le dynamique marché intérieur chinois, où le nouvel avion est déjà largement adopté. China Eastern, Air China et China Southern utilisent l’appareil dans leurs flottes, avec des taux de remplissage dépassant 85 %, signe d’une forte demande. Cette adoption rapide témoigne de la maîtrise progressive d’une technologie pourtant encore partiellement dépendante de partenaires étrangers.
Les perspectives d’exportation s’annoncent ambitieuses, particulièrement en Asie-Pacifique, région où la croissance du transport aérien reste à plus de 4,5 % par an attendus jusqu’en 2040. En 2024, COMAC a remporté près de 300 commandes contre 615 pour Airbus et 415 pour Boeing pour cette région. Des vols de démonstration au Vietnam, en Malaisie et au Cambodge sont prévus pour 2026, dans une volonté claire de s’imposer comme une alternative compétitive dans un marché en pleine expansion.
A lire aussi : Top 10 des métiers les plus demandés en 2026 : Les opportunités à ne pas manquer
Technologie et défis du moteur national : vers une autonomie industrielle ?
Le C919 intègre actuellement des composants clés occidentaux, notamment les moteurs LEAP-1C fabriqués en partenariat franco-américaine par CFM International, ainsi qu’une avionique fournie par Honeywell et Rockwell Collins. Cette dépendance est une des fragilités du programme, illustrée en mai 2025, lorsque les États-Unis ont temporairement suspendu la livraison de moteurs, impactant directement la production.
Pour réduire cette vulnérabilité, la Chine travaille depuis 2023 au développement du turboréacteur CJ-1000A, un moteur conçu par l’ACAЕ. Bien qu’il soit en phase de test avancée, sa certification n’est pas attendue avant 2027-2028. L’intégration de ce moteur national au sein du C919 serait une étape clé pour gagner en indépendance technologique et renforcer les capacités d’exportation. Cette transition reste cependant incertaine, notamment à cause du retard pris dans les certifications et les essais opérationnels.
Le marché intérieur chinois, un terrain conquis et essentiel pour le nouvel avion chinois
Avec plus de 2,1 millions de passagers transportés depuis son entrée en service en mai 2023, le C919 s’est rapidement imposé sur un marché domestique favorisé par une politique étatique soutenue et une demande croissante. L’appareil relie aujourd’hui une douzaine de villes principales, y compris Hong Kong, et sert de locomotive pour le développement de l’industrie aéronautique locale.
Cette implantation solide permet à COMAC d’optimiser sa production, même si en 2024 et 2025, la cadence est restée modeste avec seulement 13 unités livrées chaque année, loin des objectifs initiaux fixés à 75. Les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement, exacerbées par les tensions géopolitiques, ralentissent la montée en puissance, bien que la cible de 200 appareils par an à partir de 2029 soit maintenue dans les plans officiels.
Un catalogue aéronautique en pleine expansion face à la concurrence internationale
COMAC ne se limite plus au C919 et envisage une stratégie de diversification pour mieux répondre aux attentes des compagnies aériennes :
- C929 : un gros-porteur d’environ 280 sièges, annoncé pour une mise en service entre 2029 et 2035, destiné à rivaliser avec les long-courriers d’Airbus
- C939 : concept de très gros-porteur à l’étude, pour occuper le segment dominé par Airbus et Boeing
- C919-800 : une version allongée visant explicitement à concurrencer l’A321neo, notamment sur les longues distances
- C919-600 : une déclinaison conçue pour opérer dans des conditions difficiles, comme les aéroports en haute altitude, avec un premier client en Tibet Airlines
Malgré ces innovations, le C919 accuse un déficit d’autonomie et d’efficacité énergétique par rapport aux standards établis. Par exemple, son autonomie est de 4 075 kilomètres contre 6 300 pour l’A320neo et 6 570 pour le 737 MAX 8, tandis que sa consommation de carburant reste supérieure, freinant sa compétitivité à l’international.
Une fenêtre d’opportunité ouverte grâce aux faiblesses des géants Airbus et Boeing
La situation présente dans l’industrie aéronautique offre à COMAC un espace de manœuvre non négligeable. Les difficultés techniques du Boeing 737 MAX, marquées par des problèmes de qualité persistants, ainsi que certains retards dans la chaîne d’assemblage d’Airbus, impactant notamment les livraisons de moteurs Pratt & Whitney, créent un contexte favorable pour les nouveaux entrants.
| Constructeur | Commandes en Asie-Pacifique (2024) | Production annuelle estimée (unités) | Autonomie moyenne des monocouloirs (km) |
|---|---|---|---|
| COMAC (C919) | 300 | 30 (prévision 2026), 40 (2027) | 4 075 |
| Airbus (A320) | 615 | 800 (2026) | 6 300 |
| Boeing (737 MAX) | 415 | 700 (2026) | 6 570 |
Malgré cela, la conquête du marché mondial reste conditionnée à l’obtention de certifications européennes et américaines, qui autoriseraient l’exportation vers les marchés clés. À ce jour, la certification européenne ne devrait pas tomber avant 2028, et aucun processus n’a été entamé auprès de la FAA américaine. COMAC reste donc dans une logique régionale, appuyée par un cadre politique favorisant son essor.
Perspectives d’avenir pour un nouvel avion véritablement global
Pour conclure sur une note prospective, l’avenir du nouvel avion chinois repose sur trois leviers principaux :
- L’entrée en service du moteur CJ-1000A pour réduire la dépendance aux technologies occidentales
- L’augmentation significative de la production pour atteindre les ambitions de volumes espérées
- La capacité à étendre les clients hors de la Chine, notamment en Asie, en capitalisant sur une industrie aéronautique plus mature et innovante
La Chine montre ainsi qu’elle peut rivaliser dans un secteur où l’innovation, la technologie et l’industrialisation rapide dictent les règles du jeu. L’enjeu reste donc entier pour COMAC dans sa conquête du marché mondial, face à un Airbus en pleine mutation. Ce défi soulève également des questions fondamentales sur l’équilibre futur de la filière aéronautique internationale, entre liens géopolitiques et stratégies industrielles.
Le développement du C919 s’inscrit dans une dynamique où la maîtrise de la technologie et l’innovation sont au cœur de la guerre industrielle. La compétition s’élargit au-delà des produits, pour inclure l’autonomie stratégique, l’exportation et la résilience des chaînes de production. Ceux qui sauront conjuguer ces éléments posséderont un avantage déterminant pour séduire les opérateurs du monde entier.
Dans ce contexte, s’intéresser à l’essor de l’avion chinois, c’est également prendre la mesure des transformations de l’ industrie aéronautique globale et de la manière dont elle construit les ouvrages de demain, mêlant innovation et rivalités géopolitiques, une illustration parfaite de la complexité des enjeux contemporains.



