Malgré une politique anti-européenne affichée par Donald Trump, l’Europe maintient une relation stratégique forte dans le domaine du commerce d’armes avec les États-Unis. Cette situation paradoxale s’explique par plusieurs facteurs essentiels à comprendre :
- Une dépendance militaire croissante liée à l’ampleur des achats d’armements américains, notamment les avions furtifs F-35 ;
- Les enjeux économiques et industriels de la défense européenne face à l’omniprésence américaine ;
- La complexité des relations transatlantiques marquées par des défis géopolitiques et diplomatiques récurrents.
Nous allons analyser ces dimensions en détail, examiner les choix des grands pays européens et les initiatives internes à l’UE, tout en mettant en lumière le poids américain qui reste prégnant au cœur de la sécurité européenne.
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Sommaire
Un commerce d’armes américain en pleine expansion vers l’Europe malgré les tensions
L’Europe a vu ses importations d’armements américains exploser ces dernières années, avec une hausse exceptionnelle de plus de 233 % depuis 2020, selon le SIPRI. Cette augmentation place désormais le Vieux Continent au premier rang des acheteurs des États-Unis, absorbant environ 35 % de leurs exportations d’armements, contre seulement 13 % auparavant. Cette réalité manifeste une forte dépendance militaire où 64 % des armements importés par les pays de l’OTAN en Europe proviennent d’outre-Atlantique.
La politique anti-européenne de Trump, marquée par des droits de douane punitifs à hauteur de 15 % et des discours critiques, n’a pas freiné cette dynamique. Malgré la pression budgétaire américaine imposant notamment un objectif de dépenses militaires européennes à 5 % du PIB — plus du double de leurs engagements actuels —, les commandes américaines continuent de s’accumuler, illustrant la complexité des liens entre opposition politique et relations stratégiques.
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Le F-35 et l’emprise américaine en Europe
Le programme du F-35, l’avion furtif phare de Lockheed Martin, illustre à lui seul cette empreinte américaine. Treize pays européens ont sélectionné le F-35 pour leur flotte, avec des investissements colossaux :
- Belgique : Confirmation en 2025 de 45 appareils au total, pour un coût estimé entre 15 et 18 milliards d’euros.
- Danemark : Commande presque doublée en 2025 à 28 unités, incluant aussi des drones et avions de patrouille maritime, soit 15,3 milliards de dollars d’investissements.
- Italie : Achat récent de 25 F-35 supplémentaires pour 7 milliards d’euros, totalisant 115 appareils avec un centre de formation local unique en Europe.
- Grèce : Programme de modernisation à 25 milliards d’euros incluant une commande significative de F-35.
- Roumanie : Contrat de 6,1 milliards d’euros pour 32 F-35, financé partiellement par 16,68 milliards de prêts SAFE.
- Royaume-Uni : 48 F-35 commandés et 41 livrés, avec une projection à 138 appareils.
Ce tableau souligne que malgré les signaux parfois discordants issus de Washington, l’Europe consolide son parc militaire autour d’un outil américain high-tech, renforçant une dépendance militaire lourde et durable.
Les grands pays européens et leurs stratégies face à la politique américaine
Les pays européens font des choix variés face à la stratégie américaine, souvent dictée par des intérêts politiques, économiques et sécuritaires divers :
- Allemagne : Malgré des déclarations en faveur de la souveraineté industrielle, elle a commandé 35 F-35, autorisé l’achat de 400 missiles AIM-120 et accepté une part non européenne dans le projet EDIP.
- Pologne : Programme ambitieux de 155 milliards d’euros, incluant 400 missiles AIM-120D3 et plus de 2 500 missiles Javelin, avec une production partielle locale.
- Finlande : 64 F-35 commandés, 405 missiles AIM-120D3 pour 1,07 milliard de dollars, tout en refusant de participer au programme européen PURL pour privilégier l’industrie nationale.
- Espagne : Suspension de la commande de F-35 en 2025, redirigeant 85 % de ses crédits vers des industriels européens.
- Suisse : Réévaluation des coûts du contrat F-35, réduisant la commande de 36 à 30 appareils pour contenir le budget initial.
Ces exemples révèlent que les politiques nationales s’insèrent dans un cadre européen où la tentation américaine demeure forte, alimentée par les ambitions et contraintes sécuritaires propres à chaque État.
La diversité des armements américains commandés en Europe
Au-delà des avions, l’Europe investit massivement dans d’autres produits militaires américains :
| Pays | Type d’armement | Montant |
|---|---|---|
| Pays-Bas | Programme PURL | 750 millions d’euros |
| Norvège | 9 hélicoptères HH-60W + 6 MH-60R Seahawk | 3,6 milliards de dollars |
| Espagne | 4 systèmes Patriot | 1,5 milliard d’euros |
| Bulgarie | Système de défense NOMADS | 620 millions de dollars |
| Suède | Patriot + systèmes IRIS-T | 1,4 milliard d’euros |
Ce tableau met en lumière une tendance d’élargissement, diversifiant la dépendance militaire européenne à d’autres segments clés de la défense américaine.
Les initiatives européennes face à la prédominance américaine dans l’industrie de la défense
Consciente des limites d’une dépendance excessive, l’Union européenne développe des initiatives pour renforcer son autonomie stratégique. La proposition Readiness 2030 ambitionne d’augmenter les dépenses militaires de l’UE à 3,5 % du PIB d’ici dix ans, contre 1,9 % aujourd’hui.
Le programme SAFE offre 150 milliards d’euros de prêts à long terme, dont 38 milliards ont été déjà alloués à plusieurs pays, encourageant ainsi la modernisation des forces européennes sans dépendre exclusivement des États-Unis.
Le projet majeur EDIP, doté de 1,5 milliard d’euros pour 2025-2027, vise à réduire la part des achats extérieurs dans les équipements militaires européens de 60 % à 45 %. Pourtant, ce programme ne limite pas ses crédits à des matériels exclusivement européens, signe que la transition reste progressive.
Face à ces dispositifs, des pays comme la France choisissent de pérenniser leur indépendance avec des équipements comme le Rafale et des technologies exemptes des règles ITAR. L’Autriche a préféré investir dans des avions italiens M-346FA pour 1,5 milliard d’euros, illustrant des voies alternatives.
Parallèlement, la stratégie américaine, rendue publique à l’hiver 2025, prône une attitude de « résistance » à la trajectoire européenne, soutenant certains pays comme la Slovaquie ou l’Italie, et même évoquant un programme visant à influer activement sur les démocraties européennes, ce qui complique la donne des relations transatlantiques.



