Oui : le drone furtif doit permettre au Rafale F5 de devenir le chef d’orchestre d’un système de combat connecté, capable de répartir détection, brouillage et frappe entre un avion piloté et plusieurs appareils sans équipage. Le drone pourrait ouvrir la voie dans un espace protégé par une défense aérienne dense, tandis que l’équipage du Rafale superviserait l’action et conserverait la décision.
En 2026, le projet avance sur deux fronts : la DGA prépare la phase de réalisation du Rafale F5 et poursuit le développement de son équipier furtif. Des essais de coopération entre un Rafale et un drone doté d’un capteur de guerre électronique ont déjà illustré le principe, sans démontrer les performances du futur appareil. Pour comprendre ce qui est acquis — et ce qui reste à éprouver —, nous pouvons suivre quatre questions :
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- Quel rôle opérationnel le drone doit-il jouer auprès du Rafale ?
- Comment l’intelligence artificielle peut-elle alléger la charge du pilote sans lui retirer le contrôle ?
- Quels jalons distinguent les essais, la qualification et une éventuelle mise en service ?
- Quelles limites persistent pour la dissuasion nucléaire et les opérations depuis un porte-avions ?
Imaginons une pilote de Rafale qui doit pénétrer dans une zone couverte par des radars adverses. Au lieu de gérer seule chaque capteur et chaque trajectoire, elle pourrait recevoir des informations d’un équipier avancé, puis coordonner une action commune. Ce scénario résume la promesse du combat connecté : accroître les capacités de l’avion de combat en réseau, sans confondre autonomie de la machine et décision humaine.
Le drone furtif, équipier du Rafale dans un système de combat aérien
La DGA assigne au futur appareil quatre grandes familles de missions : l’entrée en premier dans un théâtre, la suppression des défenses aériennes, le combat air-air et les actions contre des objectifs au sol ou en mer. Il ne s’agit donc pas seulement d’ajouter un avion sans pilote à une patrouille, mais de faire du drone une composante active du système de combat aérien.
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La logique opérationnelle repose sur une répartition des risques. Le drone pourrait s’approcher des radars et des batteries sol-air, repérer une menace ou participer à sa neutralisation, puis transmettre les données utiles au Rafale. L’avion piloté disposerait alors d’une meilleure connaissance de la situation et pourrait agir depuis une position moins exposée.
Dassault Aviation, maître d’œuvre du programme, vise une cellule furtive, des capteurs de nouvelle génération et des communications résilientes au brouillage. Les armements seraient logés en soute : contrairement à un missile accroché sous une aile, une arme enfermée dans le fuselage ne compromet pas autant la discrétion radar de l’appareil.
Le ravitaillement en vol est aussi prévu pour prolonger la présence du drone dans la zone d’opérations. Sa durée d’endurance, sa charge militaire, ses dimensions et son rayon d’action n’ont pas été publiés : nous ne pouvons donc pas déduire ses performances à partir des caractéristiques du démonstrateur nEUROn.
- Entrée en premier : progresser dans un espace aérien surveillé pour préparer l’action des autres appareils.
- Suppression des défenses : détecter, brouiller ou attaquer des radars et des systèmes sol-air.
- Combat air-air : contribuer à la détection et à l’engagement d’avions adverses.
- Actions air-surface : soutenir des frappes contre des cibles terrestres ou maritimes.
Cette répartition transforme le Rafale en plateforme de coordination : il ne s’agit pas de remplacer le pilote, mais de lui donner des équipiers capables d’agir en avant et de partager leurs informations. Le programme s’inscrit ainsi dans la guerre en réseau, où la valeur d’un appareil dépend aussi de sa capacité à coopérer avec les autres.
Cette coopération ne fonctionnera que si les informations transmises restent utiles, compréhensibles et disponibles au bon moment. La question du pilotage à distance mène donc directement à celle de l’intelligence artificielle et de la charge mentale de l’équipage.
Coopération homme-machine : l’IA au service du pilote de Rafale
Commander un drone depuis le cockpit ne signifie pas que le pilote devra diriger chaque virage ou chaque capteur. La DGA prévoit une intégration native de l’intelligence artificielle au système de mission de l’appareil, tandis que Dassault décrit une autonomie contrôlée, avec l’humain dans la boucle. La machine pourrait ainsi prendre en charge des tâches élémentaires, sous la supervision d’un opérateur qui conserve la possibilité d’intervenir.
Le projet expérimental HypAIRion, présenté par le ministère des Armées le 1er octobre, réunit l’armée de l’Air et de l’Espace, la DGA et l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense. Ses travaux portent notamment sur l’autonomie des plateformes, le commandement et le contrôle, la sécurité des systèmes d’IA et la charge cognitive des équipages.
Pour une pilote comme Nora, notre exemple fictif, l’enjeu serait de ne pas recevoir une avalanche de données à chaque instant. Si le drone peut filtrer les informations, signaler une menace prioritaire et exécuter une trajectoire définie, l’équipage peut consacrer davantage d’attention à la situation tactique et aux décisions qui lui reviennent. La coopération homme-machine se mesure donc autant à la qualité de l’interface qu’à l’autonomie du drone.
Dassault a également annoncé des essais en vol de deux algorithmes d’IA à bord d’un Rafale, l’un développé par l’avionneur et l’autre avec Thales et sa structure cortAIx. Leurs fonctions n’ont pas été détaillées, et leur présence en vol ne vaut pas qualification pour le standard F5 ou pour le drone furtif. Le cockpit numérique du Rafale constitue justement l’un des espaces où ces nouvelles fonctions devront s’intégrer sans détourner le pilote de sa mission.
Le 12 janvier, Dassault a aussi annoncé conduire une levée de fonds de 200 millions de dollars pour Harmattan AI. Cette somme correspond au financement global de la jeune entreprise ; la part apportée par Dassault n’a pas été précisée. L’objectif annoncé concerne l’intégration de l’IA et de l’autonomie contrôlée dans de futurs systèmes, dont le Rafale F5 et un système aérien sans équipage.
Les règles de contrôle restent à préciser : quelles décisions la machine pourra-t-elle prendre seule, et que se passera-t-il si la liaison est brouillée ou coupée ? Ces choix définiront la confiance que l’équipage pourra accorder à son équipier automatisé. Un essai de coopération déjà mené donne un premier aperçu concret des échanges entre capteur déporté et avion piloté.
Un essai NAMIB pour transmettre la position d’un radar
Le 13 juillet, Dassault et Harmattan AI ont présenté une expérimentation simulée associant un Rafale F4 à un drone équipé de NAMIB, une charge utile de guerre électronique. Selon les deux entreprises, le capteur a localisé un radar à plusieurs dizaines de kilomètres et transmis sa position au Rafale, dont l’équipage a simulé une approche de tir.
Le tir n’a pas été effectué et les industriels n’ont pas publié de mesures indépendantes des performances. Le drone utilisé n’était pas le futur appareil furtif, et cette démonstration ne prouve pas que le programme complet fonctionne déjà. Elle illustre néanmoins une fonction essentielle : un capteur placé en avant peut détecter une menace et transmettre l’information à l’avion piloté, qui conserve la conduite de l’action.
Ce type d’essai montre le principe avant de valider la plateforme. Pour atteindre une capacité opérationnelle, il faudra réunir les capteurs, les logiciels, les armes, les communications et les procédures d’équipage dans un ensemble cohérent.
Du démonstrateur nEUROn au drone de combat furtif
Dassault ne part pas de zéro. L’avionneur a dirigé le programme nEUROn, démonstrateur de drone de combat furtif lancé en 2003 avec six pays européens. L’appareil a réalisé son premier vol à Istres le 1er décembre 2012 ; Dassault indiquait plus de 170 vols d’essais en octobre 2024.
Le nEUROn a permis de tester en vol une cellule sans pilote conçue pour réduire sa détection. Le programme actuel vise un objectif plus large : faire fonctionner ensemble la plateforme, ses capteurs, ses armes et ses logiciels, puis coordonner ce système avec le Rafale. Les dimensions et la masse du nouvel appareil n’ayant pas été publiées, celles du démonstrateur ne doivent pas lui être attribuées.
Une maquette du futur drone a été présentée au Salon du Bourget le 17 juin 2025. Elle permet de visualiser une configuration envisagée, pas de confirmer le dessin final ni les performances en vol. La furtivité, l’emport en soute et la connectivité résiliente restent des caractéristiques visées, qui devront être vérifiées au fil des essais.
Le passage du démonstrateur à un système intégré est considérable. Il faut notamment prouver que les communications demeurent suffisamment robustes sous brouillage et que l’autonomie du drone reste prévisible pour l’équipage. Les acquis du nEUROn fournissent une base technologique, pas une garantie de réussite du programme complet.
Les premières étapes industrielles sont engagées depuis 2024 : le ministre des Armées a annoncé le lancement du programme le 8 octobre, puis la DGA a communiqué le 14 octobre sur la notification des premiers contrats à Dassault Aviation, Thales et Safran. La date de cette communication ne signifie pas nécessairement que chaque marché a été signé le même jour.
Le développement du drone avance parallèlement à celui du Rafale F5 : les deux plateformes devront partager des données, des cibles et des décisions tactiques. Les contrats et les calendriers permettent de mesurer ce qui est engagé, mais ils ne livrent ni le coût total ni le prix d’un appareil.
Rafale F5 et drone furtif : contrats, coûts et calendrier
La DGA a annoncé le 10 septembre que le Rafale F5 entrerait en phase de réalisation à la fin de 2026, étape qui fait passer le programme des études vers la fabrication. Les travaux préparatoires notifiés pendant l’été mobilisent Dassault, MBDA, Safran et Thales. Ils couvrent notamment la navigation inertielle, les liaisons de données, le radar RBE2-XG, la suite d’autoprotection SPECTRA F5 et la motorisation.
Pour le moteur M88 T-REX, l’objectif annoncé est de faire passer la poussée de 7,5 à 9 tonnes, soit une hausse de 20 %. Cette évolution concerne le chasseur lui-même : le Rafale devra conserver sa place dans le binôme tout en dirigeant une plateforme distante et en exploitant les données qu’elle lui transmet.
Le financement des deux programmes porte ainsi sur les deux extrémités d’une même coopération. Les liaisons de données du F5 doivent dialoguer avec la connectivité prévue pour le drone ; sans échanges fiables, les appareils ne pourraient pas partager efficacement une piste radar ou coordonner une attaque. Les ambitions du standard sont détaillées dans cette présentation du Rafale F5 et des ambitions de Dassault.
| Jalon | Objet | Ce qu’il signifie |
|---|---|---|
| 2024 | Lancement et premiers contrats du drone | Démarrage du développement avec Dassault Aviation, Thales et Safran. |
| 2026 | Phase de réalisation du Rafale F5 | Passage des études à une étape tournée vers la fabrication. |
| 2028 | Expérimentations de coopération | Essais envisagés avec une plateforme expérimentale, qui ne sera pas nécessairement le futur drone opérationnel. |
| Horizon 2033 | Qualification visée du Rafale F5 et ambition de supériorité | Un objectif de programme, sans annonce d’une disponibilité simultanée du drone. |
Le tableau distingue des étapes de nature différente : un lancement de développement, une phase industrielle, des expérimentations et une échéance de qualification. En 2028, les essais annoncés doivent porter sur une plateforme expérimentale ; ils ne signifient pas que le drone destiné au Rafale F5 sera déjà opérationnel.
Éric Trappier a évoqué en octobre 2024 une contribution du drone à la supériorité française à partir de 2033, en parallèle du Rafale F5. La DGA situe la qualification du chasseur à l’horizon 2033, sans confirmer une entrée en service simultanée du drone. Le premier vol du futur appareil n’a pas été daté publiquement.
Le ministère n’a communiqué ni le coût complet du programme, ni le prix unitaire, ni le nombre d’appareils envisagé. Il serait donc trompeur de calculer un budget par drone à partir des dépenses du Rafale F5 : les programmes sont liés par leurs technologies, mais leurs coûts ne se confondent pas.
La calendrier industriel ne résume pas à lui seul les choix d’emploi. Le Rafale F5 conserve des missions particulières, qui expliquent pourquoi le drone est pensé comme un équipier plutôt que comme un remplaçant du chasseur.
Dissuasion nucléaire et porte-avions : les limites du binôme
Le Rafale F5 doit porter le futur missile nucléaire air-sol ASN4G, destiné à renouveler la composante aéroportée de la dissuasion française. Le ministère et Dassault n’ont pas annoncé que le drone transporterait cette arme. Le système de combat connecté pourra associer des moyens sans équipage à une mission, sans pour autant leur confier la charge nucléaire.
Cette distinction rappelle que l’autonomie technique ne vaut pas délégation de toutes les responsabilités. La plateforme sans pilote peut contribuer à la détection, au brouillage ou à la protection d’un avion, tandis que les missions nucléaires restent confiées au Rafale piloté dans le cadre défini par la doctrine française.
La dimension navale pose une autre question. Selon les informations rapportées par Mer et Marine en juin 2025, le drone serait conçu pour pouvoir être embarqué, mais son emploi à bord attendrait le porte-avions de nouvelle génération appelé à succéder au Charles-de-Gaulle. Cette perspective ne signifie pas que le nouvel appareil sera immédiatement utilisable depuis le porte-avions actuel.
Le calendrier embarqué doit donc être distingué de celui du Rafale F5, appelé à servir dans l’armée de l’Air et de l’Espace puis dans la Marine nationale. Pour situer cet enjeu dans l’évolution des moyens navals, nous pouvons consulter les éléments consacrés au porte-avions et aux programmes navals français.
Le Rafale reste ainsi au centre du dispositif : il porte la mission, interprète la situation et dirige la coopération, tandis que le drone pourrait prendre en charge certaines tâches en zone contestée. La réussite du projet dépendra moins d’une silhouette furtive isolée que de la capacité à faire dialoguer l’avion, ses équipiers, leurs capteurs et leurs opérateurs dans un système fiable.



