Vaccin anticancer : Besançon rejoint les grands acteurs de la recherche

Vaccin anticancer : Besançon rejoint les grands acteurs de la recherche

Oui, Besançon rejoint les grands acteurs de la recherche sur le vaccin anticancer grâce à UCPVax, un traitement expérimental conçu au CHU pour mobiliser les défenses immunitaires contre les tumeurs. Environ huit patients sur dix développent une réponse immunitaire après l’injection, un résultat encourageant qui ne prouve pas encore que le vaccin prolonge leur vie ou fait reculer leur cancer. C’est précisément ce bénéfice clinique que l’équipe du professeur Olivier Adotevi doit maintenant vérifier dans des essais de plus grande ampleur.

  • Une approche universelle : UCPVax cible la télomérase, présente dans une grande majorité des tumeurs, au lieu d’être fabriqué sur mesure pour chaque patient.
  • Des résultats prometteurs, à confirmer : plus de 300 personnes ont reçu le vaccin dans le cadre d’études cliniques, sans que cela équivaille à une preuve définitive d’efficacité.
  • Une prochaine étape ambitieuse : l’équipe vise un essai de phase 3 chez environ 250 patients atteints d’un glioblastome, avec un objectif d’accès précoce en 2029.

À Besançon, cette innovation thérapeutique issue de la recherche française avance face à des groupes pharmaceutiques qui disposent de moyens financiers et industriels autrement plus importants. Pour franchir l’étape décisive, le projet prévoit une collecte de 6 millions d’euros, soutenue notamment par le Crédit Agricole. Voici ce que l’on sait du vaccin, de ses résultats et des preuves qu’il lui reste à apporter.

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UCPVax, le vaccin anticancer développé à Besançon

UCPVax est un vaccin thérapeutique : il s’adresse à des personnes déjà atteintes d’un cancer et cherche à aider leur système immunitaire à reconnaître les cellules tumorales. Il ne s’agit donc pas d’un vaccin préventif comparable à ceux qui protègent contre certaines infections.

Le programme, lancé en 2010 au CHU de Besançon, cible la télomérase, une enzyme qui permet aux cellules cancéreuses de se multiplier durablement. Selon les données présentées par l’équipe, cette cible est retrouvée dans environ 85 à 90 % des tumeurs, ce qui explique l’ambition de concevoir un produit commun à plusieurs cancers.

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Une cible partagée par de nombreuses tumeurs

Le vaccin contient deux fragments de télomérase associés à un adjuvant, une substance destinée à renforcer la réaction immunitaire. L’objectif est notamment de stimuler les lymphocytes T CD4, des cellules qui coordonnent la réponse de défense et contribuent à sa mémoire.

Cette stratégie diffère de celle de certains vaccins personnalisés, fabriqués à partir des mutations propres à la tumeur d’un patient. UCPVax est conçu comme un produit « prêt à l’emploi » ; sa préparation est actuellement assurée par la pharmacie du CHU, et aucun coût par dose n’a été publié par l’équipe.

Le terme « universel » décrit donc la cible commune recherchée, et non une efficacité déjà démontrée contre tous les cancers. Chaque indication doit être étudiée séparément, car la biologie des tumeurs et les traitements associés diffèrent.

Des résultats encourageants, mais pas encore une preuve de guérison

Depuis 2016, première administration du vaccin à un patient, plus de 300 personnes l’ont reçu au cours de neuf essais terminés ou en cours, menés dans plus de vingt hôpitaux français. Ces travaux permettent d’évaluer la tolérance et d’observer les réponses immunitaires ; ils ne remplacent pas un essai comparatif de grande ampleur.

Dans une étude sur le cancer du poumon, menée auprès de 65 patients dont les traitements habituels avaient échoué, environ trois quarts des participants ont développé la réaction immunitaire recherchée. Parmi eux, la survie médiane était de 11,6 mois, contre 5,6 mois chez les patients sans réponse au vaccin. Cette comparaison entre personnes ayant réagi ou non ne suffit pas à établir que le vaccin est la cause de l’écart.

Glioblastome : des données à interpréter avec prudence

Un essai consacré au glioblastome a suivi 61 patients entre 2020 et 2024. Une réponse immunitaire a été observée chez 83 % des patients recevant le vaccin seul et chez 69 % de ceux qui poursuivaient également une chimiothérapie, selon les résultats publiés dans la revue Neuro-Oncology.

Chez les patients dont la réponse s’est étendue à d’autres cibles que la télomérase, la survie médiane rapportée atteignait 19,3 mois, contre 12,8 mois chez les autres. Ces chiffres sont des signaux à approfondir : les patients capables de déclencher une réponse immunitaire peuvent aussi présenter, au départ, des caractéristiques favorables. Une étude randomisée, comparant des groupes constitués par tirage au sort, est nécessaire pour mesurer plus solidement l’effet du traitement.

La phase 3, l’épreuve décisive pour le vaccin de Besançon

Les essais cliniques progressent généralement par étapes. Les premières phases examinent surtout la tolérance et recherchent des indices d’activité ; la phase 3 compare le traitement à une prise en charge de référence chez un nombre plus important de patients. C’est cette comparaison qui peut fournir les preuves nécessaires à l’évaluation réglementaire.

UCPVax a déjà connu un essai randomisé dans le cancer du poumon métastatique, Optim-UCPVax, mené auprès de 46 patients entre 2020 et 2022. Trois patients vaccinés sur quatre ont développé la réponse immunitaire attendue, mais la survie médiane du groupe était de 7,1 mois, contre 9,7 mois sous chimiothérapie classique ; l’étude a été arrêtée pour absence d’efficacité observée.

Ce résultat rappelle qu’une réaction mesurable dans le sang ne signifie pas automatiquement que la tumeur régresse ou que le patient vit plus longtemps. Pour l’oncologie, le critère décisif reste le bénéfice clinique, évalué notamment par l’imagerie et le suivi de la survie.

Les laboratoires internationaux connaissent eux aussi des revers. En 2026, BioNTech a annoncé un résultat décevant pour son vaccin BNT113 contre des cancers de la tête et du cou liés au papillomavirus, tandis qu’un autre essai personnalisé contre le cancer colorectal avait été interrompu. La recherche médicale sur les vaccins anticancer demeure donc prometteuse, mais incertaine, y compris pour les acteurs les mieux financés.

Pourquoi Besançon concentre ses efforts sur le glioblastome

La prochaine étape du programme vise le glioblastome, une tumeur cérébrale particulièrement agressive. Santé publique France recensait 3 481 nouveaux cas en 2018 ; après le diagnostic, la survie médiane se situe généralement autour de 15 à 18 mois, et environ 7 % des patients sont encore en vie cinq ans plus tard, selon les données citées par les responsables du programme.

Ce choix répond à deux constats : les besoins médicaux restent très importants et plus de 80 % des glioblastomes présenteraient une anomalie activant la télomérase. L’équipe concentre ainsi ses moyens sur une maladie où la cible du vaccin semble fréquente et où les options thérapeutiques restent limitées.

MATVAC-1 puis un essai de phase 3

Retenu en juillet 2026 par l’Institut national du cancer, l’essai MATVAC-1 doit inclure 98 patients dans quatre hôpitaux : Besançon, Dijon, Marseille et Paris. Les participants recevront le vaccin en complément de leur traitement ; une partie d’entre eux recevra également une immunothérapie.

Si les résultats et les financements le permettent, l’équipe envisage ensuite une phase 3 auprès d’environ 250 patients, répartis dans une quinzaine d’établissements. Elle vise une demande d’accès précoce en 2029, puis une éventuelle demande d’autorisation de mise sur le marché en 2032. Ce sont des objectifs de calendrier, soumis aux résultats des essais et à l’évaluation des autorités sanitaires.

Le parcours de Wanda Agnello illustre l’espoir suscité par ces recherches, sans pouvoir tenir lieu de preuve clinique. Diagnostiquée fin 2022 avec un glioblastome, opérée puis intégrée à un essai UCPVax, elle a témoigné de contrôles par IRM sans récidive ; son expérience individuelle ne permet pas de prédire celle des autres patients.

Besançon face aux géants du vaccin anticancer

Les grandes entreprises de biotechnologie explorent notamment des vaccins personnalisés à ARN messager. Dans l’essai de Merck et Moderna contre le mélanome, 1 137 patients opérés ont été répartis entre une association de vaccin et de pembrolizumab, ou le pembrolizumab seul. Selon les résultats annoncés par les laboratoires en octobre 2026, l’ajout du vaccin a été associé à une réduction de 42 % du risque de rechute ou de décès ; à deux ans, 82 % des patients du groupe vacciné n’avaient pas rechuté, contre 70 % dans l’autre groupe.

Ces données sont encourageantes, mais la survie globale n’était pas encore assez mature pour conclure que le traitement prolonge la vie. Elles doivent aussi être interprétées à la lumière des résultats scientifiques complets, et non du seul communiqué des industriels.

Point de comparaison UCPVax, Besançon Vaccin Merck-Moderna
Approche Vaccin standardisé ciblant la télomérase Vaccin personnalisé à ARN messager
Cancer étudié dans les données citées Plusieurs indications, avec une priorité donnée au glioblastome Mélanome après chirurgie
Effectif de l’essai de référence Phase 3 envisagée chez environ 250 patients 1 137 patients dans l’essai annoncé
État des preuves Réponses immunitaires observées ; efficacité à confirmer par comparaison de grande ampleur Réduction annoncée du risque de rechute ou de décès ; données de survie globale encore attendues

La différence de moyens est considérable : Merck et Moderna ont financé leur essai de plus de 1 100 patients, tandis que l’équipe bisontine cherche des fonds pour une phase 3 d’environ 250 participants. Besançon mise sur une cible commune et un vaccin prêt à l’emploi ; les grands groupes misent sur la personnalisation et des infrastructures industrielles de grande échelle.

La France compte aussi d’autres projets avancés. OSE Immunotherapeutics, basée à Nantes, évalue Tedopi en phase 3 auprès de 363 patients atteints d’un cancer du poumon devenu résistant à l’immunothérapie, avec des résultats attendus au premier trimestre 2028. Besançon s’inscrit donc dans un paysage national compétitif, où chaque essai doit apporter des preuves propres à son traitement et à son indication.

Une collecte de 6 millions d’euros pour poursuivre la recherche

Pour engager les prochaines étapes, le CHU de Besançon a lancé un appel aux dons de 6 millions d’euros, géré par le Fonds Phisalix. L’argent doit contribuer à produire le principe actif et à moderniser la pharmacie hospitalière qui prépare les doses nécessaires aux essais.

Le Crédit Agricole, premier mécène privé du programme, s’est engagé à apporter 1,5 million d’euros par l’intermédiaire de seize entités du groupe. Au 23 octobre, la collecte avait atteint environ un quart de son objectif. Les financements publics, notamment ceux de l’Institut national du cancer et du ministère de la Santé, complètent cet effort.

Une seconde phase 3, envisagée pour environ 200 patients atteints de cancers liés au papillomavirus, dépend elle aussi de la capacité à réunir les ressources nécessaires. Pour les particuliers, les entreprises et les fondations sollicités, l’enjeu est de soutenir la recherche sans confondre financement d’un essai et garantie de succès thérapeutique.

Besançon rejoint les grands acteurs de la recherche par l’ambition de son programme, pas encore par le niveau de preuve clinique. La prochaine étape devra établir si la réponse immunitaire observée se traduit réellement par un bénéfice pour les patients atteints de glioblastome.

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