Ford connaît une descente spectaculaire sur le marché automobile européen, avec des ventes qui ont chuté de près de 17 % en 2024 et une part de marché divisée par deux en une décennie. Cette situation met en lumière plusieurs dynamiques majeures : la réduction drastique de sa gamme, des pertes considérables liées à sa transition électrique, un modèle industriel profondément remanié avec des alliances stratégiques, et des méthodes innovantes pour retrouver sa compétitivité. Face à une concurrence européenne et asiatique toujours plus agressive, Ford cherche à réinventer sa stratégie commerciale tout en tentant de maintenir son leadership historique dans le secteur des véhicules utilitaires. Nous approfondirons ces enjeux à travers :
- Le recul des ventes et la perte de position sur le marché européen
- La disparition progressive des modèles phares et la recomposition de la gamme
- Les lourdes pertes financières liées à l’électrification et à la restructuration industrielle
- Les partenariats industriels et un virage stratégique inédit pour redynamiser la marque
Cette analyse vous apportera un éclairage complet sur la situation actuelle de Ford et ses perspectives pour 2027 et au-delà, dans un contexte économique et technologique en pleine mutation.
A lire en complément : Paris-Marseille à seulement 27 € : Trenitalia lance un défi audacieux à la SNCF
Sommaire
- 1 Ford : déclin marquant sur le marché automobile européen face à une concurrence accrue
- 2 La gamme Ford vidée, modèle par modèle : un impact direct sur la vente de voitures
- 3 Des pertes financières colossales et une restructuration industrielle inédite pour Ford
- 4 Un plan stratégique ambitieux : des partenariats pour accélérer la reconquête du marché automobile
Ford : déclin marquant sur le marché automobile européen face à une concurrence accrue
Le recul de Ford en Europe est devenu un fait tangible, illustré par une baisse d’immatriculations de 17 % en 2024 et une part de marché tombée à 3,5 % en 2025, contre 7,4 % en 2014. Cette chute spectaculaire affecte particulièrement le marché français, où les ventes se sont contractées de 23 % sur le premier semestre 2025, atteignant seulement 26 605 unités et une part de marché de 2,43 %. Par contraste, aux États-Unis, le constructeur américain progresse, enregistrant une hausse de +6 % des ventes en 2025, avec plus de 2,2 millions de véhicules écoulés et une part de marché de 13,2 %.
Cette double dynamique reflète la difficulté à conjuguer les exigences d’un marché européen en profonde évolution avec les forces traditionnelles de Ford. La marque peine à contenir la montée de concurrents européens et asiatiques qui gagnent du terrain à grande vitesse. Cette baisse structurelle s’inscrit dans une période où l’industrie automobile européenne accélère sa transition vers l’électrique et où les consommateurs cherchent des alternatives plus modernes.
A lire aussi : JustClip démocratise les travaux d’électricité pour tous
Les chiffres clés du recul de Ford en Europe
| Année | Immatriculations Europe | Part de marché Europe | Ventes France (premier semestre) | Part de marché France |
|---|---|---|---|---|
| 2014 | Environ 1 800 000 véhicules | 7,4 % | Non disponible | Non disponible |
| 2024 | 426 307 véhicules | Environ 3,8 % | Non disponible | Non disponible |
| 2025 | Nouvelle baisse de -17 % par rapport à 2024 | 3,5 % | 26 605 | 2,43 % |
La gamme Ford vidée, modèle par modèle : un impact direct sur la vente de voitures
La baisse des ventes Ford est directement liée à la disparition progressive de nombreux modèles populaires. La Fiesta, autrefois un pilier avec jusqu’à 15 000 ventes annuelles rien qu’en France, a cessé d’être produite en 2023. Avant cela, la Ka, l’EcoSport, la Mondeo, le Galaxy et le S-Max avaient déjà disparu des catalogues européens. La Focus, produite depuis 1998, a stoppé sa production en 2025, marquant symboliquement la fin d’une ère.
Après ces départs, la gamme européenne est désormais concentrée autour de véhicules plus coûteux comme le Mustang Mach-E ou l’Explorer électrique, dont les volumes restent modestes. Par exemple, au premier semestre 2025, l’Explorer a enregistré 18 822 ventes, tandis que son concurrent Volkswagen ID.4 en a écoulé 40 335. Le prix demeure un obstacle : malgré une baisse en mars 2025 (l’Explorer passant de 43 900 à 39 990 euros), Ford peine à compenser la perte de volume par ces modèles plus chers.
- Fin de production de la Fiesta (2023) et Focus (2025), modèles jusqu’ici support des volumes
- Concentration sur des modèles haut de gamme électriques et hybrides
- Volumes actuels insuffisants pour maintenir une part de marché significative
La recomposition de la gamme et ses enjeux
Cette réorientation vers des véhicules électriques ou hybrides à des prix élevés constitue un pari risqué. Si Ford cherche à moderniser son image et sa technologie, il doit aussi répondre à une demande grandissante pour des véhicules abordables et polyvalents. Le lancement du Transit City, un fourgon électrique urbain vendu à partir d’environ 26 400 euros, illustre une volonté de renforcer certains segments stratégiques, notamment les utilitaires légers où Ford excelle toujours.
Des pertes financières colossales et une restructuration industrielle inédite pour Ford
Ford subit d’importantes conséquences financiers liées à son virage vers l’électrique. Sa division Model e accuse des pertes de plus de 5 milliards de dollars en 2024 et près de 4,8 milliards en 2025. L’année 2025 a été marquée par une charge exceptionnelle de 19,5 milliards de dollars liée à l’abandon ou la révision de plusieurs programmes électriques. Malgré un chiffre d’affaires record de 187,3 milliards de dollars, le groupe a enregistré une perte nette de plus de 8 milliards.
Sur le plan industriel, Ford a fermé quatre usines en Europe en 20 ans, dont les sites historiques de Saarlouis (fermée fin 2025), Genk, Bordeaux-Blanquefort et Bridgend, engendrant des milliers de suppressions d’emplois. En 2024, il a annoncé la suppression de 4 000 postes supplémentaires dont 2 900 en Allemagne, 800 au Royaume-Uni.
| Usine | Année de fermeture | Emplois supprimés | Commentaires |
|---|---|---|---|
| Saarlouis (Allemagne) | 2025 | 2 700 | Fermeture historique, fermeture avec maintien d’un millier de salariés pour pièces jusqu’en 2032 |
| Genk (Belgique) | 2014 | 4 300 | Fermeture majeure après 40 ans d’activité |
| Bordeaux-Blanquefort (France) | 2019 | 850 | Production arrêtée, forte suppression d’emplois |
| Bridgend (Pays de Galles) | 2020 | 1 700 | Fermeture site moteurs |
Ces fermetures affectent durablement la présence industrielle et la capacité de Ford à s’adapter rapidement dans un environnement européen concurrentiel et en pleine transformation.
Un plan stratégique ambitieux : des partenariats pour accélérer la reconquête du marché automobile
En mai 2026, Ford a décliné un plan de relance intitulé « Ready, Set, Ford », qui prévoit le lancement de sept nouveaux modèles particuliers d’ici 2029, associés à deux utilitaires. En rupture avec son modèle industriel passé, Ford n’investira pas dans de nouvelles usines propres pour ces véhicules, préférant s’appuyer sur des alliances solides avec Volkswagen, Renault, JMC et Geely pour la production.
Ce modèle coopératif utilise des plateformes éprouvées, comme la plateforme MEB de Volkswagen pour les SUV électriques et la plateforme AmpR Small de Renault pour les modèles urbains. Le partenariat avec Renault prévoit notamment une citadine électrique à environ 25 000 euros, conçue et construite dans les usines françaises, avec une autonomie de près de 400 kilomètres.
- Partenariat avec Volkswagen depuis 2019 pour développer des SUV électriques
- Accord récent avec Renault pour produire deux véhicules électriques compacts en France
- Collaboration avec JMC sur le fourgon électrique Transit City à bas prix
- Négociations en cours avec Geely pour relancer une citadine électrique en Espagne
Cette approche vise à contenir les coûts, accélérer la présence sur le marché et mieux répondre aux exigences des consommateurs européens, même si elle ne sera pleinement effective qu’à partir de 2027-2028.
Perspectives et défis pour Ford sur le marché automobile européen
Le retour à une dynamique positive passe par la capacité à maintenir la fidélité d’un réseau de concessionnaires réduit et d’une gamme limitée dans les prochaines années. Pendant que Ford mise sur ces alliances industrielles, d’autres acteurs chinois comme BYD, Nio, ou Xpeng progressent rapidement en Europe, menaçant les parts de marché traditionnelles.
Enfin, les droits de douane européens sur les véhicules électriques importés en provenance de Chine ajoutent un facteur d’incertitude économique. Ce contexte ne facilite pas la remontée de Ford, qui devra démontrer sa réactivité et son agilité pour retrouver ses performances financières et commerciales. Ceux qui suivent l’évolution de la stratégie commerciale dans l’industrie automobile savent que ces enjeux sont cruciaux pour l’avenir du constructeur.
Dans ce contexte, Ford se retrouve au cœur d’une lutte industrielle intense, où l’innovation, la gestion des coûts et l’anticipation des mutations économiques joueront un rôle déterminant pour assurer la pérennité d’une marque mythique sur le marché automobile mondial.



